Anesthésistes et chirurgiens vivent au bloc opératoire des situations de forte pression psychologique, associées à un risque d’erreurs ou de mauvaises interprétations potentiellement fatales. Ces situations surviennent dans un temps court - ou du moins incompressible - et s’ajoutent le plus souvent à un état de fatigue chronique. Les contextes générateurs de stress exigent des soignants qu’ils conservent leur sang-froid afin d’éviter des conséquences dommageables, tant pour les patients que pour eux-mêmes (burn-out) (1).
La gestion du stress au bloc opératoire reste encore largement individuelle, fruit d’expériences personnelles et parfois de rencontres avec d’autres personnes exposées à des peurs aiguës ou chroniques. Cette situation est comparable à celle des sportifs de haut niveau en compétition, des militaires en opération ou des pilotes de l’aviation civile. Or, ces professionnels bénéficient généralement d’un accompagnement intégré à la gestion de la sécurité et de la performance individuelle et collective : la préparation mentale. Il s’agit d’un ensemble de techniques permettant de gérer le stress aigu, d’améliorer l’analyse des situations critiques ainsi que la prise de décision dans l’action.
Quelles sont les techniques les plus utilisées ?
Plusieurs techniques sont utilisées. L’imagerie mentale consiste à répéter la séquence dans sa tête, étape par étape, en intégrant les sensations du geste. Les routines de centrage s’appuient sur quelques respirations, une phrase clé, un protocole avant l’action. Le dialogue interne de performance porte, lui, sur des consignes internes claires (« un geste après l’autre », « calme – précision – contrôle »). Le débriefing structuré s’effectue après l’action et consiste à analyser ce qui est reproductible et ce qui doit être corrigé. Un excès de stress expose à l’anxiété, à la perte de contrôle, à l’effet de tunnellisation, à l’épuisement et, à long terme, au burn-out. À l’inverse, l’absence de stress peut – paradoxalement – se révéler délétère, entraînant ennui, manque de stimulation et inattention lors de la gestion de situations critiques. L’objectif de la préparation mentale est d’obtenir et de maintenir un niveau de stress bénéfique, en intégrant quatre dimensions de la performance : tactique, technique, mentale et physique.
L’objectif de la préparation mentale est d’obtenir et de maintenir un niveau de stress bénéfique
Au bloc opératoire, la gestion du stress doit être constante : avant, pendant et après la survenue de l’événement générateur de stress. Elle se décompose en trois étapes, auxquelles chaque soignant doit s’exercer individuellement, avec l’aide éventuelle d’un préparateur mental : éviter le stress, le reconnaître et en identifier les causes, puis le gérer et le partager.
Aux États-Unis, où la préparation mentale est déjà appliquée au bloc opératoire, il a été montré qu’elle améliore les performances techniques (score technique, courbe d’apprentissage, fluidité des gestes et gestion du temps), réduit la vulnérabilité au stress, améliore la communication, clarifie les rôles au sein de l’équipe et favorise l’anticipation des imprévus.
À intégrer dans le cursus ?
Une étude française, ayant donné lieu à une thèse soutenue en 2025 (2), a porté sur les Techniques d’optimisation du potentiel (TOP) chez des internes en anesthésie-réanimation ou en médecine d’urgence de la faculté de Nantes. L’analyse a porté sur 28 participants dans le groupe contrôle et 26 participants sensibilisés à différentes approches TOP, sans véritable coaching individuel : météo interne, imagerie mentale, respiration relaxante, dynamisante ou régulatrice, cohérence cardiaque, relaxation, temps de pause optimisé, siestes, renforcement positif, pré-activation mentale, gestion des pensées perturbatrices.
La mise en place de cette formation aux TOP durant un semestre du cursus de spécialisation des internes en soins critiques a permis de diminuer le stress ressenti en situation réelle ainsi que le risque de stress sévère. L’étude souligne également l’intérêt des médecins en formation pour des solutions concrètes de gestion du stress aigu.
La « prep mentale » au bloc en pratique : préparer – exécuter – débriefer – récupérer
Combien de temps y consacrer ? Les protocoles proposés en chirurgie durent de deux à cinq minutes. Ils sont acquis lors d’une phase d’apprentissage puis utilisés de manière autonome. Ils peuvent être intégrés à des routines déjà existantes (check-list, briefing d’équipe, temps d’habillage) et ne nécessitent ni matériel ni coût supplémentaire.
Concrètement, la préparation mentale d’un chirurgien, c’est quoi ? Avant l’intervention : se mettre en position de réussir. À l’image d’un pilote ou d’un athlète, cette phase peut inclure un briefing mental express, une imagerie mentale kinesthésique ou un rituel de centrage. Pendant l’intervention : rester stable grâce à des micropauses opérationnelles (quelques secondes) avant les temps difficiles, maintenir un dialogue interne fonctionnel et une communication claire avec l’équipe (annoncer les étapes, anticiper, formuler ses besoins), afin d’instaurer un leadership calme et inspirant. Après l’intervention : consolider les acquis et récupérer par un débriefing orienté apprentissage et la mise en place d’un protocole de récupération (respiration, marche, pause), afin d’éviter l’accumulation de stress résiduel au fil de la journée.
(1) Honoré C., R. C., Collard M. Préparation mentale à l’attention des chirurgien(ne)s : un outil d’optimisation de la performance et de la gestion du stress périopératoire. Journal de Chirurgie Viscérale. DOI : 10.1016/j.jchirv.2025.05.008
(2)Beloeil D. Préparation et Optimisation Mentale du Médecin en soins critiques : étude POMMES. Thèse, 2025. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/view/index/docid/5082644
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