Le sac d’intervention est posé sur la table. À l’intérieur, bien plus que des médicaments : une capacité à répondre à l’imprévu. Morphine, antibiotiques, pansements, matériel de soins de bouche : « L’idée est d’avoir une base pour pouvoir soulager rapidement, démarrer une prise en charge, faire face à ce qu’on va trouver à domicile », explique la Dr Laura Piquion, médecin responsable de l’équipe mobile territoriale de soins palliatifs 92 Sud Osmose, dans les Hauts-de-Seine.
À ses côtés, l’infirmière Assami Hagino vérifie les derniers éléments. Intégrée depuis deux ans à l’équipe, elle a longtemps travaillé en oncologie thoracopulmonaire à l’hôpital Paris Saint-Joseph. « J’y ai appris le soin palliatif. Ici, on l’exerce dans l’intimité des domiciles. C’est très différent. » Ce matin-là, le binôme se rend chez Jacqueline, presque centenaire, atteinte d’un cancer multimétastatique. La prise en charge palliative exclusive a été décidée lors d’une hospitalisation gériatrique à l’automne, avec l’objectif d’éviter les réhospitalisations et de favoriser le maintien à domicile.
Accueillie par le mari à son arrivée, l’équipe entoure chaleureusement la patiente. Après un examen clinique approfondi, la généraliste, formée à la cancérologie, aidée par l’infirmière, pratique une ponction d’ascite pour soulager Jacqueline. Son travail n’est pas dicté uniquement par le geste technique. Le tandem au pied du lit explique, rassure.
Une adaptation permanente
À domicile, la situation ne se limite jamais au patient. Le mari, très inquiet, observe chaque geste. « L’entourage fait partie de la prise en charge », confie Assami Hagino. « On s’adapte à l’état du patient et à l’angoisse des proches. Parfois, il faut ralentir le soin pour écouter », insiste la Dr Piquion. Cette capacité d’adaptation repose donc sur un travail d’équipe étroit. « Chacun apporte son regard. C’est cette confrontation permanente qui enrichit et sécurise nos décisions », poursuit la médecin.

Labellisée en 2022, l’équipe intégrée à un dispositif d’appui à la coordination (Dac) est composée de deux médecins, trois infirmiers et une psychologue clinicienne. « Quand la psychologue est là, son regard est précieux », souligne la Dr Piquion. En plein débat sur la fin de vie, le binôme insiste sur une réalité encore mal comprise : les soins palliatifs restent trop souvent associés à l’idée de « faire venir la mort ». Or intervenir dès le diagnostic d’une maladie incurable permet au contraire « de créer du lien, d’accompagner les patients et leurs proches, et d’éviter les situations d’urgence », souligne la généraliste. Mais l’équipe est trop souvent appelée tardivement, certaines premières visites se soldant par un décès dans les minutes qui suivent.
500 visites par an
Les sollicitations proviennent principalement des médecins traitants, infirmiers libéraux, services hospitaliers (oncologie, chirurgie, gériatrie) et parfois de pharmaciens ou d’aides à domicile. Chaque demande est analysée en amont pour vérifier la pertinence de l’intervention et surtout évaluer le niveau d’urgence. Un compte rendu est envoyé immédiatement aux médecins traitants.
Avec plus de 500 visites physiques et 200 téléconsultations par an, l’activité de l’unité est soutenue et en croissance. Une intervention sur trois a lieu en Ehpad, pour une médiane d’âge autour de 80 ans sur 14 communes du Sud des Hauts-de-Seine. L’équipe se veut aussi ressource pour les professionnels de terrain. « Il y a la formation formelle mais aussi celle qui se fait au lit du malade, avec les infirmiers libéraux et les médecins traitants quand ils peuvent être présents », décrit la Dr Piquion. Une manière, peut-être, de diffuser progressivement une culture palliative encore trop souvent cantonnée aux derniers instants.
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