Implantée à Saint-Cyr-sur-Loire, en périphérie de Tours, la maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Les Belles Fleurs cultive sa différence. Spécialisée en endocrinologie-diabétologie-nutrition, elle se positionne comme une structure de second recours, un modèle encore rare en France. À ce jour, seules une poignée de maisons comparables existent sur le territoire, plutôt centrées sur la pédiatrie ou la santé mentale.
La Dr Nathalie Gervaise, endocrinologue-diabétologue installée depuis 2002 en libéral, est à l’origine de ce projet atypique. L’ancienne élue à l’URPS ML Centre-Val de Loire, région pionnière de l’exercice coordonné, a longtemps observé et déploré le fonctionnement « en silo » du système de soins français. « Dans les MSP habituelles de premier recours que j’ai pu rencontrer, la place du spécialiste de second recours n’était pas optimale. On nous sollicitait surtout pour du dépannage, sans réelle efficience, explique la spécialiste. Or, le second recours, c’est le moment où les pathologies chroniques deviennent complexes. L’accès rapide à un avis spécialisé est extrêmement difficile. »
Dans son territoire touché par la pénurie médicale, les patients parcourent parfois des dizaines de kilomètres pour consulter un spécialiste. Si elles ne sont pas mortelles, ces pathologies ont un impact fort sur la qualité de vie, l’autonomie ou le maintien dans l’emploi des patients, « avec parfois une vraie perte de chance », alerte la médecin.
« Le second recours, c’est le moment où les pathologies chroniques deviennent complexes
Dr Nathalie Gervaise, endocrinologue
C’est dans ce contexte qu’avec son confrère, le Dr Marc Diedisheim, lui aussi endocrinologue, et Magali Lecoutre, infirmière en pratique avancée (IPA), l’équipe a déposé un projet fin 2023 auprès de l’ARS et de la caisse primaire pour devenir officiellement une maison de santé de second recours. La structure respecte le cadre légal d’une MSP classique : deux médecins et une IPA, mais sans obligation de généralistes. Autour de ce socle gravite un réseau de professionnels libéraux : chirurgiens bariatriques, ophtalmologue rétinographe, diététiciens, psychologues, podologues, pharmaciens et infirmiers libéraux. Une équipe qui couvre un territoire de plus de 300 000 habitants…
L’objectif est clair : mettre fin aux parcours anarchiques. « Les patients arrivent parfois sans courrier, sans examens ou avec des bilans non pertinents. On perd du temps, on perd du sens », résume la Dr Gervaise. La MSP ambitionne d’organiser au mieux l’amont des consultations complexes via la télé-expertise et des protocoles partagés.
L’IPA, pivot de la coordination
Dans cette organisation, l’IPA occupe une place centrale. Diplômée en 2021, Magali Lecoutre a d’abord exercé en maison de santé de premier recours et en centre de santé généraliste en tant qu’infirmière libérale. « Quand l’idée de la maison de santé a émergé avec Nathalie et Marc, ça a été une évidence. On faisait déjà de l’exercice coordonné, on traçait des parcours patients mais ce travail n’était jusque-là ni reconnu ni valorisé financièrement », explicite-t-elle.
De fait, en maison de santé, l’IPA est très souvent la porte d’entrée du parcours de soins et elle peut effectuer des consultations en autonomie pour évaluer certains patients – diabète stabilisé, obésité – et les orienter au besoin vers les parcours adaptés. « Si la situation clinique dépasse son champ de compétences réglementaires, il y a immédiatement une réorientation vers le médecin, par consultation, télé-expertise », précise la Dr Gervaise. Grâce à ce dispositif fluide, certains patients sont vus « à quatre mains », le même jour. Les profils suivis demeurent variés, avec des parcours dédiés. « Les patients obèses sont vus plusieurs fois, ils participent à des ateliers et sont suivis tous les trois mois, en présentiel ou en téléconsultation », précise l’endocrinologue.
Le rythme de travail de l’IPA reste soutenu : entre 15 et 17 patients par jour en consultation, auxquels s’ajoute la télésurveillance de près de 500 patients grâce à un protocole de suivi. Sans oublier la coordination des parcours patients, l’organisation d’ateliers d’éducation thérapeutique ou encore l’adressage direct vers d’autres spécialistes (cardiologue ou dermatologue). Pour échanger autour des situations plus complexes, des réunions de concertation pluridisciplinaire se tiennent « au moins une fois par semaine et parfois encore plus souvent entre nous trois », souligne la Dr Gervaise.
Encore récente, l’implantation de cette maison de santé originale a été bien accueillie par les généralistes du territoire. « Il y a un vrai intérêt mais aussi un besoin de pédagogie. Les médecins cherchent des solutions simples, il ne faut pas créer d’usine à gaz », insiste la spécialiste. La MSP entend démontrer qu’un second recours structuré et pluripro peut être un modèle émergent exportable, par exemple en cardiologie ou en psychiatrie.
Réseau France Santé : quel cahier des charges ?
« Les patients n’avaient plus accès au cabinet » : une généraliste de Maine-et-Loire victime des inondations témoigne
Les ESS marquent leur territoire
Télémédecine : le gouvernement prêt à déverrouiller (un peu) les consultations à distance