LE QUOTIDIEN : Par quel enchaînement de circonstances vous êtes-vous retrouvé en garde à vue pendant 24 heures ?
DR GABRIEL TERDJMAN : Début janvier, je reçois un coup de fil à mon cabinet avec un numéro masqué alors que je suis en pleine consultation. L’homme au bout du fil me demande si je suis bien le Dr Gabriel Terdjman, je réponds oui. « Ici le commissariat de Chennevières, vous êtes réquisitionné pour établir un certificat de décès ». Nous sommes alors en pleine période de grève des médecins libéraux, je suis submergé de travail, dehors il neige… Sur le coup j’ai pensé à un canular de mauvais goût d’autant que je venais d’établir un certificat de décès 48 heures auparavant.
Qu’avez-vous répondu ?
Que, compte tenu de mon âge, du temps qu’il fait dehors et des patients qui attendent… je ne viendrai pas. Le ton de mon interlocuteur s’est fait menaçant : « Vous êtes réquisitionné, vous venez un point c’est tout ». Je suis moi aussi monté dans les tours en répliquant : « Rien à faire, je continue ma consult’ ». Et j’ai raccroché.
À partir de là, les ennuis commencent…
Je suis rappelé deux jours après pour me dire que j’ai refusé la réquisition et que je suis… convoqué au commissariat. Je crois toujours que c’est une mauvaise plaisanterie. Mais quinze jours plus tard, je reçois une enveloppe écrite de façon bizarre qui me convoque pour une garde à vue. Je crois là encore à une plaisanterie, mais dans le doute j’appelle un ami avocat et un contact à la police leur demandant : « C’est quoi cette histoire, vous pouvez vérifier ? »
Là, ils reviennent vers moi en me disant : « Ne t’inquiète pas, tu fais profil bas et ça va bien se passer ». Mais lorsque j’arrive au commissariat, on me dit : « Vous êtes en garde à vue, on va vous mettre en cage ».
Je n’ai eu aucun contact pendant tout ce temps, à part pour m’apporter ma gamelle que j’ai eu le soir et mon biscuit Gerblé le matin
Vous tombez des nues ?
Oui, et sans qu’il y ait eu un mot plus haut que l’autre de ma part, j’entends : « Donnez-moi votre ceinture, enlevez vos chaussures etc. ». Bref, ensuite, ils me mettent dans la cage avec un prévenu qui était en attente d’aller au dépôt de Créteil.
Ensuite, les policiers viennent finalement me chercher pour répondre à l’interrogatoire. Je réponds à tout, l’entretien se passe bien, de façon courtoise, sans énervement. Un policier me ramène même mes lunettes pour que je puisse signer le procès-verbal. J’ai demandé si je pouvais partir, maintenant que j’ai signé le PV. Ils me répondent : « Désolé, je ne peux pas joindre le procureur, il est parti, il est 18 heures. » On me remet en cellule. Jusqu’au lendemain 15 heures, où l’on vient me rechercher. Je n’ai eu aucun contact pendant tout ce temps, à part pour m’apporter ma gamelle que j’ai eu le soir et mon biscuit Gerblé le matin.
Comment cela s’est-il terminé ?
Au bout de 24 heures, les policiers m’informent que je vais pouvoir rentrer chez moi, une fois les papiers de levée de garde à vue signés. Mais en y prêtant davantage attention, je découvre qu’ils veulent aussi me faire signer un document pour une convocation au mois d’octobre devant le Procureur pour outrage à une femme officier de police judiciaire, dépositaire de l'autorité publique ! Ce que je refuse catégoriquement en expliquant que je ne jamais eu une telle personne au téléphone. C’est à ce moment que le policier avec qui j’avais eu une altercation téléphonique en janvier me dit : « Vous ne l’avez pas eu au téléphone, mais quand on s’est parlé, j’avais mis le haut-parleur et elle entendait tout ». J’ai campé sur ma position. Ils m’ont laissé partir après avoir indiqué sur le PV que j’avais refusé de le signer.
Quelles suites comptez-vous donner à cette affaire ubuesque ?
Je vais enclencher à titre personnel trois procédures. La première devant l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ; une deuxième devant le Défenseur des droits ; et une troisième où j’attaque l’État devant le tribunal administratif pour sévices subis, préjudice moral et économique.
Je suis très remonté. Je n’ai pas vécu un drame, il y a des choses bien pires, mais dans le contexte international actuel, avec ce qui se passe par exemple aux États-Unis, on ne peut s’empêcher de faire des parallèles. Si on n’est pas vigilant sur la préservation de l’État de droit, les choses ne peuvent aller qu’en s’aggravant.
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