Réforme 2026 des cotisations Carmf : un empilage d’augmentations (1/2)

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Publié le 19/01/2026
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Fin décembre 2025, la Carmf a enfin précisé les contours de la réforme de l’assiette sociale qu’elle applique cette année et qui date pourtant du 1er janvier 2025. À l’opposé de son discours officiel, les conséquences sont une augmentation — de surcroît rétroactive — des cotisations, le tout venant s’ajouter aux augmentations déjà actées en 2025. Voici d’abord notre contre-avis de praticiens sur les quatre points présentés comme « positifs » de la réforme. Et la semaine prochaine, nous présenterons les taux d’augmentation attendus.

L’augmentation est rétroactive de deux années pour les régimes complémentaires et ASV

L’augmentation est rétroactive de deux années pour les régimes complémentaires et ASV
Crédit photo : GARO/PHANIE

Simplification du calcul des cotisations ?

« Cette réforme va simplifier le calcul des cotisations sociales », dit la caisse.
● Notre avis de praticien : comme déjà détaillée en février 2025, la nouvelle assiette des cotisations sociales, le revenu social unifié (RSu), ne constitue une simplification que sur le papier : c’est en réalité une nouvelle usine à gaz technocratique extrapolée à partir du revenu superbrut (noté Rsb). La Carmf le présente comme « correspondant à l’ensemble des revenus, auxquels auront été soustraites les charges professionnelles autres que les prélèvements sociaux ». Or la liste répertoriée par le législateur de cas particuliers de charges professionnelles à retenir ou à exclure de ce Rsb occupe déjà plusieurs pages. Difficile de parler de simplification pour le redevable ou son conseil. La conséquence pratique est simple : cette nouvelle complexité générera des gagnants et des perdants.

Cette nouvelle complexité générera des gagnants et des perdants

Équité entre indépendants et salariés ?

« Cela va rétablir une équité entre indépendants et salariés en matière de CSG/CRDS. Jusqu’alors, les indépendants en payaient proportionnellement davantage »
● Notre avis : l’équité financière n’aurait-elle pas été alors de leur rembourser le trop versé en contributions sociales, tout simplement ? Au lieu de quoi la réforme consiste en un banal transfert de charges, ce que la caisse exprime d’ailleurs clairement : « les sommes qui ne sont plus payées en CSG sont désormais fléchées vers les cotisations retraite. ». Nous verrons plus loin que le motif invoqué est aussi futile que semblant bienveillant.

« Plus de droits, à dépense sociale constante »
● Notre avis patrimonial : la réalité est tout autre ici aussi car vous aurez tout simplement les droits Carmf supplémentaires que vous aurez achetés, puisque la réforme vous contraint d’en acheter davantage. Autrement dit, rien de plus qu’une forme de rachat de points obligé. D’où la question de gestionnaire libéral qui se pose à vous : - avec en poche le remboursement de vos (réels) trop versés en CSG/CRDS, auriez-vous pensé en priorité à racheter des points Carmf ? Quel conseiller-retraite sérieux vous orienterait vers un placement présentant un rapport démographique cotisants/retraités passé de 3,30 pour 1 en 2005, à seulement 1,14 pour 1 en 2025 ? Et quel professionnel sérieux pourrait individuellement vous estimer précisément la valeur finale de votre fameux rachat forcé de points ? Cela dépendra à l’évidence au moins de votre âge et de votre longévité, outre la composition de votre foyer fiscal (son niveau de taux marginal d’imposition (TMI) au moment de chaque « rachat », puis une fois retraité) et matrimonial (toute réversion de pension nécessite d’être marié à votre conjoint survivant) et la tenue de la revalorisation des pensions Carmf sur la durée vis-à-vis de l’inflation. Soit un placement vraiment aléatoire !
● Notre avis comptable : si ce rachat de points reste déductible de votre résultat fiscal (= défiscalisation à niveau de votre TMI : idem produit retraite-tunnel de type PER), le fait qu’il soit transformé en « prélèvements sociaux » le rend non déductible du revenu superbrut ! Vous serez donc imparablement taxé en cotisations sociales dessus. Alors qu’il aurait été déductible de votre assiette sociale (hors CS) avant la réforme du 1er janvier 2025…
● Notre avis global : bref, presque que des mauvais coups à prendre par rapport à une épargne retraite privative qui aurait été constituée, par exemple, sur la base indolore des versements annuels du remboursement de vos trop-versés, « à dépense sociale constante ». Une manière dogmatique de plus d’éviter un panachage bien moins aléatoire des risques par de la capitalisation…

Régime complémentaire sécurisé

« La hausse des montants cotisés renforce l’équilibre du régime complémentaire de la Carmf »
● Notre avis : c’est en effet le véritable objectif majeur de ce transfert de charges voulu par le législateur. Il s’agissait donc de sauver une énième fois un système de retraite par répartition de plus en plus plombé par un rapport démographique intenable. Quand c’est aux entiers dépens des cotisants, ce n’est pas « équilibré »…

Aspects techniques immédiats

● Pour tous – 1/ Indépendamment de la nette hausse des taux déjà instaurée depuis le 1er janvier 2025 (mais pas encore payée : cela n’arrivera que dans quelques mois), la base de calcul de vos cotisations Carmf augmente mécaniquement dans des proportions fort variables selon la situation fiscale de chaque cotisant. Elle retient en effet tout ce que vous aurez déduit fiscalement. 2/ L’augmentation est rétroactive de deux années pour les régimes complémentaires et ASV car leurs bases de calculs sont vos revenus 2024.

● Pour les cotisants en prélèvements mensuels - Leurs mensualités de janvier et de février 2026 seront prélevées au 1/12e de leurs cotisations Carmf dues en 2025 : ce sont des cotisations provisionnelles, qui seront ajustées plus tard ; - leurs mensualités de mars à mai 2026 seront touchées par l’application des nouveaux taux de cotisations : soit une première régularisation par ce premier alourdissement instauré par la réforme ; - leur mensualité de juin sera concernée par la régularisation requise par le passage à la nouvelle assiette, le revenu super brut (RSb) 2025 en RB, et le RSb 2024 en régime complémentaire (RC), avantage social vieillesse (ASV) et ID : nul doute que cette « pleine » régularisation se fera à la hausse, et que nombreuses seront les anomalies d’évaluation de cette « régularisation » ; - leurs mensualités de juillet à décembre seront concernées par les ajustements de cotisations 2026 et l’éventuel restant dû de la régularisation 2025 : période durant laquelle le cotisant mensualisé devrait commencer à ressentir pleinement la forte augmentation que nous lui annonçons.
● Cotisants non-mensualisés toutes les augmentations arriveront lors de l’appel du solde de juillet 2026, à régler avant le 31 août.

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Source : Le Quotidien du Médecin