Trente patients empoisonnés, dont 12 sont morts : au terme d'un exceptionnel procès de trois mois et demi, l'anesthésiste Frédéric Péchier a été condamné jeudi à Besançon à la prison à perpétuité pour l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés, un verdict contre lequel il va faire appel.
La peine est assortie d'une période de sûreté de 22 ans. « Vous allez être incarcéré immédiatement », lui a lancé la présidente de la cour, Delphine Thibierge. Le praticien n'avait jamais été détenu depuis le début de l'enquête en 2017. Il lui est interdit aussi d'exercer la profession de médecin à titre définitif.
La cour a suivi l'accusation, qui avait requis la réclusion à perpétuité contre l'ancien médecin star de 53 ans, qu'elle a présenté comme « l'un des plus grands criminels de l'histoire », coupable selon elle d'avoir « utilisé la médecine pour tuer ».
A l'inverse, son avocat Randall Schwerdorffer, avait demandé à la cour de l'acquitter « purement et simplement », faute de preuves irréfutables. Ce dernier a réaffirmé jeudi être convaincu de l'innocence de son client et annoncé qu'il allait faire appel et « demander sa remise en liberté ».
« C'est la fin d'un cauchemar », a déclaré Sandra Simard, l'une des victimes. « On passera Noël un peu plus tranquilles », a réagi une autre victime, Jean-Claude Gandon, se disant soulagé par le verdict.
L’épilogue d’une longue affaire
Du premier cas suspect en 2008 à la phase finale du procès cette semaine, voici les grandes dates de l'affaire Péchier.
- Un premier patient empoisonné. Le premier cas d'empoisonnement reproché à Frédéric Péchier remonte au 10 octobre 2008. Un patient, Damien Lehlen, 53 ans, décède d'un arrêt cardiaque lors d'une opération du rein à la clinique Saint-Vincent. L'autopsie conclut à une intoxication à la lidocaïne, un anesthésique local. Frédéric Péchier n'était pas chargé de son anesthésie, mais il a aidé ses collègues lors de la tentative de réanimation.
- Changement de clinique. Du 1er janvier au 22 juin 2009, le Dr Péchier rejoint un autre établissement privé de Besançon, la polyclinique de Franche-Comté. Trois patients subissent alors de surprenants arrêts cardiaques sur la table d'opération, les 7 et 27 avril et le 22 juin 2009, dernier jour où le praticien est employé dans l'établissement, qu'il quitte en raison d'un différend financier. Frédéric Péchier n'est pas présent dans les locaux de la Polyclinique lorsque les deux derniers événements surviennent. Il retourne ensuite à la clinique Saint-Vincent.
- L'enquête débute. Le 11 janvier 2017, Sandra Simard, 36 ans, est victime d'un arrêt cardiaque lors d'une opération du dos. Le Dr Péchier vient aider ses collègues à réanimer la patiente, finalement transférée au CHU de Besançon. La médecin anesthésiste chargée de cette patiente jeune et en bonne santé, dont l'arrêt cardiaque n'a aucune explication médicale, fait saisir les poches de soluté utilisées lors de l'opération pour qu'elles soient analysées. Une concentration potentiellement létale de chlorure de potassium, 100 fois supérieure à celle attendue, est découverte dans une poche de réhydratation. La direction de la clinique Saint-Vincent alerte le parquet de Besançon le 19 janvier.
- Dernière victime. Le 20 janvier 2017, les enquêteurs saisis du cas de Mme Simard sont à la clinique Saint-Vincent lorsque Jean-Claude Gandon, 70 ans, fait un arrêt cardiaque au cours d'une opération d'urologie, dont l'anesthésie était confiée au Dr Péchier. Ce dernier avait lui-même signalé la présence de poches de paracétamol étrangement percées dans la salle d'opération avant le début de l'intervention. Les policiers placent immédiatement les dispositifs médicaux utilisés sous scellés. Les investigations révéleront une intoxication du patient à la mépivacaïne, un anesthésique local.
C'est la première et seule fois qu'un patient du Dr Péchier est victime d'un arrêt cardiaque suspect. Le parquet de Besançon ouvre une information judiciaire contre X pour empoisonnements le 7 février 2017.
- Mise en examen. Le 6 mars 2017, Frédéric Péchier est mis en examen pour sept empoisonnements avec préméditation – les trois survenus à la polyclinique de Franche-Comté et quatre à la clinique Saint-Vincent. Il est le seul praticien présent sur les deux sites au moment des faits, selon les investigations. L'anesthésiste conteste fermement être lié aux arrêts cardiaques de ces patients. Il est placé sous contrôle judiciaire alors que le parquet demandait un placement en détention provisoire.
- Autres cas exhumés. Les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon étudient ensuite une liste de plus de 70 événements indésirables graves (EIG) survenus à la clinique Saint-Vincent. Frédéric Péchier est une deuxième fois mis en examen en mai 2019, pour 17 nouveaux cas, puis une troisième fois en mars 2023, pour six cas supplémentaires. Clamant son innocence, il est à chaque fois placé sous contrôle judiciaire.
- Procès retentissant. Le 8 septembre 2025, plus de huit ans après l'ouverture de l'enquête et près de 17 ans après le premier arrêt cardiaque suspect, le procès de Frédéric Péchier s'ouvre devant la cour d'assises du Doubs. Après 15 semaines, les débats entrent dans leur dernière ligne droite ce lundi. Le verdict est tombé jeudi.
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