A la veille de la réunion des coordinations à Paris

Les confrères de Rhône, Loire et Saône vont-ils faire déborder la contestation ?

Publié le 12/06/2015

Crédit photo : VOISIN/PHANIE

"Le Printemps de Roanne" mi-Mai, "les Ainsoumis" début Juin, ainsi que de nombreuses manifestations engagées par « MST 71 » en Saône-et-Loire : la grande région Rhône-Bourgogne est très active dans l’opposition à la loi de santé de Marisol Touraine. Grèves et fermetures des cabinets, manifestations, pétitions... ces derniers jours, de plus en plus de départements sont montés aux créneaux. Ces oppositions de plus en plus nombreuses, mais encore localisées peuvent-elles s’étendre et entraîner une contestation au niveau national ? Trop tôt pour le dire, mais une chose est sûre : dans ce contexte, la réunion de coordination du samedi 13 juin à l’hôpital Cochin, pourrait servir de catalyseur.

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"Nous espérons être l’élément déclencheur d’une contestation plus grande " expliquait en effet le Dr Lisa OTTON, généraliste à Roanne, au moment des grèves du 20 mai dernier. Ce souhait semblerait avoir été entendu ; Témoins, les médecins de « MST 71 » : ce groupe de "Médecins sans Télétransmission" de Saône-et-Loire qui rassemble 200 médecins généralistes de Bourgogne, a vu le jour en février 2015 et s’est montré très actif notamment via de nombreuses manifestations. Avant même de fermer leurs cabinets à la mi-Mai, ils étaient montés à Paris afin de participer à la grande manifestation du 15 mars dernier. Et ils sont également revenus dans la capitale au moment de la lecture de la loi à l’Assemblée Nationale le 14 avril. Et le groupe, qui se veut apolitique et a syndical, n’en a pas fini de lutter contre la loi de santé : "cela ne fait que commencer, nous n’en sommes qu’au début" assure le Dr Stéphanie Grassi, généraliste à Givry (Saône-et-Loire). Faisant référence aux nombreux courriers qui continuent d’être envoyés à tous les maires, et toutes les communes de Saône-et-Loire, elle explique qu’il s’agit de « préparer le blocage sanitaire, qui devrait se dérouler en Septembre ».

Une marche avec les patients

A cette occasion, « MST 71 » prévoit "une marche entre Chalon et Château Chinon, en collaboration avec les patients notamment et les différents professionnels de santé," raconte le Dr Grassi. Château Chinon, tout un symbole, car c’est le premier chef-lieu de la région qui ne dispose plus de médecins généralistes. A « MST 71 », on voit dans les projets du moment un risque « de non-respect du code de déontologie et du serment d’Hippocrate. C’est-à-dire une perte du secret médical » et on redoute une perte de liberté de choix pour les patients.

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Autre mobilisation sur des motifs similaires : les « Ainsoumis ». Ce mouvement lancé par le généraliste Brice Duraffourg, installé à Ambérieux en Dombes, s’est inspiré de la vague crée par "le Printemps de Roanne ", pour permettre aux généralistes de la région d’exprimer à leur tour leur opposition. Et le mouvement s’est rapidement développé, notamment par des relais de terrain comme l’explique le Dr Gilles Franck, généraliste à Thoiry (01) et porte-parole de l’association des médecins généralistes du pays de Gex : "nous sommes au niveau local des relais pour la propagation. Nous, par exemple, nous sommes un relais dans le pays de Gex, et nous proposons également l’idée dans d’autres départements". Une opposition qui s’est traduite par des grèves et la fermeture des cabinets, comme mercredi, jeudi et vendredi dernier. Mouvement massivement suivi par les praticiens, puisque "100 % des cabinets étaient fermés durant ces 3 jours" selon le Dr Franck. Plus encore qu’à Roanne ! Et le mouvement s’est potentialisé par le ralliement des autres spécialistes qui ont suivi, à 75 % environ.

Créer une cohésion nationale et faire boule de neige

A Roanne, c’est la loi dans son intégralité qui est critiquée, car "il y a une absence de valorisation du métier de généraliste" auquel il faut rajouter "les contraintes administratives qui vont encore s’alourdir pour les généralistes" déplorait le Dr Otton. Dans l’Ain, ce sont "certains aspects de cette loi de santé qui font hurler", tient à préciser le Dr Franck. Il fait notamment référence à la globalisation du tiers payant généralisé sans aucune certitude d’efficacité notamment au niveau des remboursements, ainsi qu’au maintien de la consultation à 23 euros. Et là encore, la désertification médicale et la crainte d’un big brother sanitaire sont dans les esprits : le praticien évoque ainsi "la suspicion d’un contrôle de l’État et des mutuelles sur le travail et les prescriptions des généralistes avec cette loi". Si les généralistes ont rejoint en si grand nombre ce mouvement, c’est aussi "parce qu’on a le sentiment que la mobilisation syndicale n’a pas porté ses fruits" regrette le Dr Franck, qui reste cependant réaliste et conscient que quelques mouvements par-ci par-là ne feront pas bouger beaucoup de choses, sauf à réussir "l’effet boule de neige", qu’il appelle de ses vœux.

Dans ce contexte, la « réunion d’information pour le mouvement social » de Samedi prochain à l’Hôpital Cochin est donc très attendue, même si tous ne feront pas forcément le déplacement. « MST 71 » sera en tout cas du voyage, en envoyant une délégation et a d’ailleurs pris de l’avance en organisant une Assemblée Générale jeudi avec "les généralistes, des médecins d’autres spécialités comme les gynécos, les dentistes, les kinés et d’autres encore" explique le Dr Grassi. Tous attendent beaucoup de cette réunion. Cette AG est importante, car « c’est pendant celle-ci que seront décidées la période du blocage sanitaire », explique la généraliste. C’est d’ailleurs pour cela que le groupe enverra une "délégation représentative" qui assistera aux discussions. La généraliste et « MST 71 » espèrent également que cette réunion va permettre "de mettre en contact les collectifs qui se sont créés dans les différents départements, et créer une cohésion nationale".


Nicolas Debry

Source : lequotidiendumedecin.fr