La question de l'accès aux soins n'inquiète pas seulement Ségur. Elle préoccupe aussi Bercy.
Dans une note d'octobre 2019, la direction générale du Trésor (ministère de l'Économie) propose à son tour de s'attaquer à la désertification médicale, une situation qui « perdure » depuis les années 2000 malgré les mesures incitatives « dont l'efficacité reste à évaluer ». À côté du plan Macron Ma santé 2022, qui actionne plusieurs leviers (suppression du numerus clausus, assistants pour libérer du temps médical, CPTS, exercice mixte, délégation de tâches, etc.), la DG Trésor réclame des « réponses complémentaires ».
Dans les zones « particulièrement surdotées », Bercy recommande une « adaptation temporaire et ciblée » du principe de libre installation, en reprenant sous une forme édulcorée le schéma « un départ pour une arrivée » déjà proposé souvent par des parlementaires, notamment à gauche. « L'accès à certaines zones géographiques déjà fortement dotées en médecins pourrait temporairement être conditionné à la cessation d'activité d'un médecin de la même spécialité », écrit Bercy. Mais ce schéma ne serait que provisoire et ciblé, le temps que la suppression du numerus clausus produise ses effets.
Pour justifier son offensive, la DG du Trésor rappelle que la Cour des comptes a proposé de son côté un « conventionnement sélectif » systématique en zone surdotée, où les nouveaux médecins entrants n'auraient le droit de s'installer qu'en secteur I après le départ préalable d'un confrère. « Notre adaptation temporaire apparaît moins contraignante », assure Bercy qui se défend de remettre en cause la liberté d'installation.
Ce n'est pas tout. Bercy propose d'agir dès les études médicales. Outre le « fléchage » de postes à l'internat vers les zones fragiles, le ministère de l'Économie avance une piste iconoclaste : l'ouverture de places supplémentaires pour certains « étudiants réorientés au cours du premier cycle », à condition qu'ils s'engagent à exercer pour une durée déterminée (« par exemple 10 ans ») dans une zone sous-dotée. Ce dispositif s'apparenterait à un contrat d'engagement de service public (CESP), « sans accord financier », pour permettre à ces jeunes (les meilleurs parmi les recalés) d'exercer quand même une profession médicale. Autrement dit, le droit au repêchage de carabins qui n'ont pas réussi leurs examens pour repeupler les déserts...
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