C'est une fracture numérique générationnelle qui se creuse chez les médecins. À l'heure où le gouvernement accélère sur le numérique en santé, 80 % des généralistes de moins de 50 ans utilisent au quotidien « les trois outils socles » de e-santé dans le cadre de leur exercice (c'est-à-dire le dossier patient informatisé – DPI –, un logiciel d'aide à la prescription – LAP – et une messagerie sécurisée de santé – MS) alors que ce taux dégringole à 48 % chez les praticiens de plus de 60 ans, révèle une étude* publiée ce mardi par la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES, ministère de la Santé).
Pour ces trois outils numériques de référence (DPI, LAP et MS santé), l'utilisation décroît donc très nettement avec l'âge. Chez les moins de 50 ans, 97 % utilisent le dossier patient informatisé, 93 % un logiciel d'aide à la prescription et 89 % une messagerie sécurisée de santé (et 80 % les trois outils conjointement tous les jours). En revanche, chez les médecins sexagénaires, 79 % exploitent un DPI, 68 % un LAP et 61 % une MSSanté.
Si l'âge est le facteur individuel déterminant, une organisation collective « plus poussée » (en cabinet de groupe, au sein d'une CPTS) dope également le recours à ces trois outils digitaux, tout comme le fait d'être maître de stage des universités (MSU), de disposer d'un secrétariat ou d'une forte patientèle « médecin traitant ». « Parallèlement à un effet générationnel marqué, l'utilisation de ces trois outils socles semble plus fréquente chez les médecins généralistes ayant une organisation collective élaborée », pointe l'étude. Ce qui semble logique puisque par exemple, le partage d'une structure informatique fait partie des critères de l'accord ACI concernant les maisons de santé pluriprofessionnelle (MSP).
DPI, codage timide et disparate
Si le dossier patient informatisé est couramment utilisé, seul un généraliste sur cinq déclare y enregistrer les motifs des consultations dans un format « structuré » et avec un système de codage. Et parmi les médecins qui codent leurs données, la moitié utilise la classification internationale des maladies (CIM), 17 % une codification personnelle et 11 % seulement ont recours à la classification inernationale des soins primaires (CISP, qui est pourtant dédiée à la codification des résultats de consultations de médecine générale). Un généraliste sur dix ne sait pas quel système il emploie.
Selon l'étude, « les médecins les plus jeunes codent le contenu de leurs consultations plus souvent » que leurs confrères plus âgés. « Les hommes le font également plus souvent que les femmes », peut-on lire. Là encore, l'exercice en CPTS, l'agrément MSU sont des facteurs favorisant le codage du DPI.
Échanges moyennement sécurisés...
Au total, 81 % des généralistes interrogés utilisent une messagerie sécurisée de santé. Pour les échanges avec des confrères sur des cas de patients, 8 % des généralistes citent une messagerie qui « en réalité » n'est pas sécurisée (non compatible avec le système de MSSanté, système personnel). D'autre part, 58 % des médecins expliquent échanger avec des patients au sujet de leur santé « en dehors des consultations ». En l'absence d'outils sécurisés dédiés, le téléphone est très privilégié (neuf praticiens sur dix qui ont des échanges), puis l'e-mail (6 sur 10) et la messagerie instantanée (3 sur 10).
D'une manière générale, l'étude confirme la nécessité de mieux sensibiliser les omnipraticiciens à la sécurisation des données de santé : 75 % des généralistes utilisant un DPI affirment avoir sécurisé l'accès à ces dossiers patients. Dans trois cas sur quatre, ils utilisent un verrou informatique (antivirus, mot de passe) en plus de la protection physique (bureau fermé, alarme...).
Autre lacune : les données de santé du DPI sont majoritairement stockées sur le disque dur de leur ordinateur et/ou sur un disque dur externe. Seul un quart des généralistes hébergent les données de santé de leurs patients « sur une plateforme locale ou régionale ou chez un hébergeur agréé pour les données de santé ».
* Panel d'observation des pratiques et conditions d'exercice en médecine générale (enquête réalisée entre octobre 2018 et avril 2019, en ligne et par téléphone, auprès de 3 076 médecins).
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