À L’HEURE où se profile la refondation du système de santé (la loi de santé est programmée avant la fin du premier semestre 2014), le gouvernement entame, du moins dans le discours, le fameux « virage ambulatoire » promis par Marisol Touraine.
Lors du congrès de MG France, à Marseille, la ministre de la Santé n’a pas ménagé ses efforts pour rendre hommage aux médecins de première ligne parés de toutes les vertus. « L’avenir appartient à la médecine générale », a-t-elle résumé à rebours des discours sur la crise (démographique, identitaire, de moyens...) de cette spécialité. C’est avec les généralistes que « se conduira la stratégie nationale de santé », c’est grâce à leur engagement que la « révolution du premier recours » sera menée avec succès.
La ministre a mis l’accent sur les chantiers lancés, à l’échelle nationale (réorganisation des vigilances sanitaires, promotion des équipes pluriprofessionnelles...) comme en région avec 150 forums pédagogiques (lire ci-dessous l’exemple de Rennes). La synthèse des travaux sera présentée en avril, en préfiguration de la future loi santé.
Pour réussir cette révolution, Marisol Touraine juge nécessaire une transformation « en profondeur » de l’exercice. La ministre, en particulier, se donne « dix ans pour généraliser le réflexe préventif dès le plus jeune âge et tout au long de la vie ». La consultation doit être « un instant privilégié » pour mener des actions de prévention ciblées sur les pratiques alimentaires et les addictions, a suggéré la ministre.
Placés en première ligne, les généralistes seront les « garants » des futurs parcours de soins qui ne devront pas être des « parcours du combattant ». Les généralistes sont invités à nouer des partenariats « forts » avec les autres spécialités médicales mais aussi avec les pharmaciens, infirmières, kinés, orthophonistes et sages-femmes.
ROSP, stages, maisons de santé, Asalée...
Les moyens seront-ils enfin au rendez-vous, comme l’a réclamé le Dr Claude Leicher, président de MG France ? Le contexte financier reste contraint. Mais Marisol Touraine a mis l’accent sur les rémunérations sur objectifs de santé publique (ROSP), un mécanisme qui sera « renforcé » en accord avec les futures priorités de santé publique. Une réflexion spécifique sera lancée sur la coordination des soins autour des enfants (moins de 16 ans).
Sur la formation initiale en médecine générale, la ministre a salué les progrès : 95 % des postes offerts seront pourvus cette année, les stages en médecine générale au second cycle marquent des points, diverses indemnités ont été octroyées aux internes ou revalorisées.
Côté exercice, cap est mis sur le travail en équipe. 370 maisons de santé fonctionnent, soit « 50% de plus depuis mai 2012 », et 420 projets nouveaux sont recensés. « Le mouvement doit s’accélérer », a-t-elle plaidé. La négociation interpro attendue sur les rémunérations d’équipe débutera « au début de l’année » et devra aboutir rapidement. Le temps des expérimentations est révolu, 2014 sera celui de la généralisation. Comme le prévoit le PLFSS, les expérimentations sur les nouveaux modes de rémunération sont prolongées d’un an avant jonction avec les nouveaux forfaits. Geste symbolique, le dispositif Asalée (suivi du diabète), cher à MG France, « pourra s’étendre à d’autres équipes ».
Sur mesure.
La ministre promet de faire évoluer le cadre juridique (trop complexe) des structures interprofessionnelles en soins ambulatoires (SISA) et n’exclut pas d’autres statuts pour le travail en équipe. Elle presse les ARS d’aider les médecins dans l’ingénierie des projets.
Sur la généralisation du tiers payant d’ici à 2017 enfin, Marisol Touraine promet un système simple et fiable avec « garantie de paiement sans délai ».
À Marseille, sans garantir de moyens financiers supplémentaires, Marisol Touraine a prononcé un discours habile et calibré pour les généralistes de MG France, n’oubliant pas d’évoquer la lutte contre les inégalités de santé, la protection sociale des femmes médecins ou la généralisation du forfait médecin traitant, autant de marqueurs forts pour ce syndicat désormais qualifié de « partenaire privilégié ». Suffisant ? « Il n’y a pas de moyens concrets nouveaux, regrette un haut cadre de MG France. On a un sentiment de répétition ».
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