Le rugby est devenu un sujet de controverses, avec des enjeux multiples, ceux de la mise en péril de la santé des joueurs, mêlés aux enjeux financiers et politiques et compliqués par la présence de deux institutions gouvernantes, la ligue nationale et la fédération.
De nombreux observateurs s'inquiètent de la perte de son identité culturelle anglo-saxonne et universitaire, basée sur la mixité sociale et ethnique. Ses règles, établies au XIXe siècle à partir de la ville de Rugby en Angleterre, en faisaient un sport d'évitement, de vitesse et de dextérité, occupant les pieds, les mains et le cerveau. Le combat n'était pas exclu, à la condition qu'il soit le résultat d'une stratégie, pour avancer en reculant, le ballon est toujours passé vers l'arrière, l'objectif étant de marquer un essai et non de détruire l'adversaire.
Davantage de blessures
D'autres cultures, latines, africaines, asiatiques ont repris cette identité, en l'adaptant tout en respectant les règles de base, l'esprit de fair-play, de morale et d'éthique. Identifié comme une activité sportive porteuse de valeurs telles que le « rugby, école de la vie », son évolution, particulièrement en France, vers un sport d'affrontement, de combat brutal, lui font perdre cette identité.
Ces dix derniers mois, le décès de quatre joueurs, un professionnel, un espoir aux frontières du statut de professionnel, un amateur licencié, un universitaire non licencié, survenu secondairement à un choc subi sur le terrain, renforce le climat d'inquiétude et de polémique. Le nombre des blessures, y compris les commotions cérébrales, a augmenté de façon très significative (doublement) de 2012 à 2018, et a justifié la mise en place de groupes de réflexion pendant la saison 2017-2018, sous l'égide de l'observatoire médical du rugby, organe de la fédération, et du Grenelle de la santé des joueurs créé par la ligue.
Des gabarits hors normes
Des mesures ont été prises, en complément des protocoles commotions en place depuis la saison 2014-2015, validés par les instances françaises et World Rugby. Beaucoup s'accordent à dire qu'il s'agit de « mesurettes », placées en aval d'un mal plus profond, affectant le sport professionnel en général, avec des conséquences destructrices dans le rugby.
Le gabarit des joueurs, quel que soit leur poste, a considérablement augmenté ces vingt dernières années, de 15 à 20 kg. Cette augmentation s'est produite uniquement au profit de la masse musculaire, avec chez certains, un taux de masse graisseuse anormalement bas, autour de 10 %. Il ne s'agit évidemment pas d'une évolution naturelle, mais bien d'une évolution artificielle de l'indice de masse corporelle, sans rapport avec la physiologie normale d'Homo Sapiens.
La question des produits dopants
Au-delà des progrès de l'entraînement et de la nutrition, la question de l'usage de substances ergogéniques, capables d'améliorer le rendement musculaire est évidemment posée. La réponse est complexe, certains produits dopants étant parfaitement identifiés et donc illicites, d'autres étant plus discutés quant à leur efficacité… Avec par ailleurs des variétés interindividuelles considérables.
Le problème mériterait d'être plus ouvertement abordé, particulièrement chez l'enfant et l'adolescent, au moment essentiel de l'éducation et de la formation. Les os, les tendons, les articulations et les viscères dont fait partie le cerveau, n'ont pas suivi l'évolution de la musculature, que ce soit dans leur composition ou dans leur solidité. Ces structures sont soumises à des forces physiques majeures, générant des blessures plus nombreuses et plus graves.
Dans le cas particulier du cerveau, outre le risque immédiat d'hémorragies intracrâniennes (cause du décès d'un des deux joueurs amateurs), le spectre de l'encéphalopathie chronique post-traumatique est présent, avec là encore des variations interindividuelles, certains étant, semble-t-il, porteurs de facteurs génétiques protecteurs.
Abaisser la ligne de placage vers la ceinture est une mesure spectaculaire et louable, mais qui ne fait que déplacer le problème, les viscères de l'abdomen et du petit bassin restant exposés aux forces considérables déployées, le plaqueur se heurtant par ailleurs à une structure plus dense et plus rigide.
Un problème de fond
Les dangers fonctionnels et vitaux des blessures persisteront tant que le rugbyman d'aujourd'hui, surmusclé, continuera à enfoncer la cloison érigée par l'adversaire, plutôt que d'utiliser sa vitesse et sa dextérité, doublée d'une stratégie issue de l'intelligence collective de son équipe, pour passer par la porte laissée ouverte ou entre-ouverte par ce même adversaire.
Une prise de conscience est nécessaire, impliquant les ministères concernés, les instances du rugby, les éducateurs et les entraîneurs, les présidents de club, les personnels médicaux et paramédicaux, les pratiquants, avec l'appui d'experts scientifiques.
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