En médecine, comme dans d’autres domaine, le professionnel se doit de recevoir les patients qui souhaiteraient le consulter, tels qu’ils sont dans leur vie de tous les jours.
Il s’entend par là que le patient et le professionnel de santé peuvent ne pas être de même âge, de même sexe, de même religion, de même culture, de même langue, de mêmes croyances.
L’attitude thérapeutique veut que les patients doivent pouvoir se sentir libre de s’exprimer librement. Ils doivent se sentir respectés et en aucun cas soumis à une forme de jugement, quelle qu’elle soit.
Cette objectivité, ou cette neutralité, si elle existe (je l’espère) dans les faits, revient-elle à dire que le médecin serait dépossédé de ses opinions le temps de la consultation ? Tout comme les anges sont asexués, les médecins seraient dépourvus d’opinion politique et d’engagement dans la société ? Chaque professionnel de santé possède un droit de vote qu’il exerce s’il le souhaite en déposant un bulletin dans l’urne ad hoc. Et ce qui se passe dans l’isoloir reste dans l’isoloir.
Obligation de réserve ou devoir d'engagement ?
Pourtant, depuis quelques jours déjà, nous voyons fleurir des pétitions, manifestes ou tribunes, relatant les intentions de vote des uns et des autres pour le deuxième tour de l’élection présidentielle à venir.
Les médecins signataires font-ils donc une entorse à leur devoir en apposant leur nom sur de tels textes ? Etant moi-même signataire de l’une de ces tribunes, suis-je sorti de mon devoir de réserve en acceptant que mon nom soit inscrit noir sur blanc avec l’indication claire du candidat pour lequel je m’apprête à voter ?
Il me semble, au contraire, qu’il s’agit de tout sauf d’une trahison du serment d’Hippocrate que nous prêtons toutes et tous. Il s’agit de reconnaître que tous les programmes ne sauraient se valoir. Que nous nous engageons à donner nos« soins à l’indigent et à quiconque [nous] les demandera ».C’est prêter encore plus serment que de s’engager nommément à refuser qu’on prive de la possibilité de soigner les titulaires actuels de l’Aide médicale d’Etat.
C’est aussi respecter le code de déontologie que de vouloir dire clairement que notre préférence va vers ceux qui ne défendent pas de procédés illusoires pseudo-médicaux, ni de traitements supposés miraculeux contre la COVID, chers à un désormais tristement célèbre Marseillais.
Aucun professionnel de santé ne peut influencer le vote des patients dont il a la santé à charge. Mais il a une obligation me semble-t-il morale de leur apporter tous les éléments de nature à influencer la façon dont, à l’avenir, ils seraient potentiellement soignés, dans un processus qui ressemble de loin au consentement éclairé exigeant que le patient puisse prendre sa décision avec toutes les cartes en main.
Si elle ne peut influencer le vote, la signature de telles tribunes serait-elle apparentée à une forme déguisée de paternalisme et d’argument d’autorité de la part du corps médical ? « Je vais vous dire pour qui voter car je sais mieux que vous ce que vous devez faire » ?
Il n’en est rien. Le but de tels engagements pris ouvertement sur la place publique n’ont pour unique but que d’avertir la population des enjeux à venir. Personne ne sera dans l’isoloir avec les patients pour leur dire quel bulletin mettre dans l’enveloppe. Mais, et c’est là tout l’espoir placé dans ces tribunes, les patients pourront voter en leur âme et conscience en sachant ce qu’il pourra advenir de leur santé en fonction du candidat choisi.
Et, il me semble, que certains de ces textes publiés ces derniers jours dans la presse, sont à lire avec une grande sincérité, tant certains signataires (dont, encore une fois, je fais partie) se sont pourtant ces cinq dernières années, opposés aux personnalités politiques pourtant aux commandes.
Même si la voix de la science n’a pas toujours, et de loin, été écoutée pour prendre soin de nos compatriotes en ces temps de pandémie, force est de constater qu’au moins, l’un d’entre eux, écoutera les scientifiques (sans toujours les entendre), là ou l’autre risque de n’écouter que les voix de ceux qui ne défendront pas une science, médicale de surcroît, pour le bien des patients.
La neutralité bienveillante s’applique sans concession lors du colloque singulier qu’est la consultation. Il nous appartient de veiller à ce que l’avenir du soin en France puisse garantir ce libre accès à toutes et à tous, sans concession. Nous devons agir pour que jamais aucune patiente ni aucun patient n’ait peur de devoir confier sa santé au risque de se mettre parfois à nu.
Nous ne pouvons être neutres pour défendre nos patients.
Exergue : Personne ne sera dans l’isoloir avec les patients pour leur dire quel bulletin mettre dans l’enveloppe.
C’est vous qui le dites
« De toutes les formes possibles de régulation, ils ont décidé de voter la plus idiote »
Aptitude physique
Appendicite aiguë : l’évolution des pratiques
Éditorial
Mobilisés en permanence…