La possibilité d’identifier la sévérité d’un syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil (Sahos) à l’aide d’un simple smartphone progresse avec la publication des résultats de l’étude Easy. Cette évaluation clinique multicentrique (432 patients) coordonnée par l’Inserm porte sur l’application Apneal, développée pour transformer un smartphone en dispositif d’analyse du sommeil réalisé à domicile sans capteurs additionnels. Elle a démontré « un niveau de concordance statistique de 91 % entre l’indice d’apnée-hypopnée (IAH) mesuré par Apneal et celui obtenu en polysomnographie », indique le Dr Justine Frija, médecin du sommeil à l’hôpital Bichat (AP-HP), qui précise « ne pas détenir de parts dans Apneal ».
« L'intérêt de ce dispositif, c'est la facilité d'utilisation pour le patient et pour le médecin puisqu'il y a une analyse entièrement automatique alors que la polysomnographie requiert une analyse purement manuelle », détaille cette pneumologue, qui entend publier ces résultats après les avoir exposés fin novembre devant le Congrès du sommeil organisé à Strasbourg par la Société française de recherche et médecine du sommeil (SFRMS).
Pour le patient, utiliser son téléphone, en mode avion, fixé sur le thorax au moyen d'un adhésif médical au-dessus de son pyjama, lui offre la possibilité de dormir à domicile dans des conditions beaucoup plus physiologiques qu'à l'hôpital, un téléphone étant moins gênant que des capteurs. En outre, ce dispositif léger ouvre la possibilité d'effectuer plusieurs nuits d'enregistrement puisque le nombre d'apnées varie en fonction des nuits.
Pathologie sous-diagnostiquée
Sur le fond, l’étude Easy a été menée dans neuf centres hospitaliers en France, en Allemagne et en Espagne. Chaque participant a bénéficié simultanément d’une polysomnographie complète et d’un enregistrement via Apneal. Pour la méthode, les polysomnographies ont été relues de façon centralisée par un comité indépendant. Selon Apneal, le taux de concordance de 91 % obtenu serait ainsi « du même ordre que celui observé entre deux médecins spécialistes scorant la même nuit de sommeil ».
Pour le Dr Justine Frija, « cette étude marque une étape importante pour la médecine du sommeil. Pour la première fois, une solution digitale atteint la précision d’un examen réalisé en conditions hospitalières. Les résultats sont très prometteurs, notamment grâce à sa très bonne capacité à catégoriser les formes modérées et sévères du syndrome. »
Selon ce médecin, Apneal, ou un outil similaire présentant la même efficacité, pourrait constituer « un outil de screening de triage des patients. Il pourrait aussi permettre le dépistage avant de décider d’aller plus loin. Par exemple, en amont d'une anesthésie générale où un dépistage d'apnée du sommeil est actuellement effectué au moyen de questionnaires. Or, on sait qu'ils ne sont pas toujours très fiables. Un outil tel que celui-ci pourrait être facile à mettre en place, puisqu'encore une fois, il n'y a pas de consommable. »
Si Apneal souhaite obtenir un marquage CE dans la perspective de voir ses évaluations remboursées par l'Assurance-maladie, elle doit encore franchir des étapes réglementaires.
Le Sahos demeure une pathologie sous-diagnostiquée, alors qu’elle concerne 4 % de la population française (pour 1,8 million de patients traités seulement). Ses répercussions sont bien établies : risque accru d’hypertension, de maladies cardiovasculaires, de diabète, somnolence diurne et retentissement sur la qualité de vie. Le rappel récent des bénéfices d'un traitement par pression positive continue (PPC) est notable : une étude publiée dans The Lancet Respiratory Medicine en mars 2025 rapporte une réduction de 37 % de la mortalité toutes causes chez les personnes traitées, et une réduction de 55 % du risque de mortalité cardiovasculaire chez les patients observants.
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