C’est un chiffre qui claque : selon le ministère de la Santé italien, près de 10 000 médecins ont déjà quitté le pays depuis environ cinq ans. Attirés par de meilleures conditions de travail et salariales, ils se sont expatriés aux Pays Bas, en Belgique, en Allemagne ou encore dans les Émirats arabes unis. « J’ai moi-même songé à partir, on ne peut pas faire tenir des blocs entiers avec du personnel qui devrait être le double, difficile de continuer à se sacrifier même si on aime sa profession ! » confie la Dr Anna Peroni, médecin hospitalier à Rome. Cette praticienne d’une quarantaine d’années qui travaille dans l’un des plus grands hôpitaux de la capitale avait envisagé de partir en Belgique ou, dit-elle, « on ne passe pas ses journées à chercher des lits qui n’existent pas ». Au final, elle a choisi de rester mais pour combien de temps ?
À cela s’ajoute le nombre de démissions, qui ne cessent d’augmenter dans les hôpitaux. Certains syndicats de médecins cadres comme Anaao-Assomed et Cimo estiment que, durant les quatre ou cinq dernières années, 8 500 médecins hospitaliers qui n’avaient pas atteint l’âge légal de départ en retraite, ont jeté l’éponge. Pour le Dr Pierino Di Silverio, secrétaire national d’Anaao-Assomed, une grande partie de ces praticiens auraient rejoint le circuit des 30 coopératives italiennes spécialisées dans l’intérim médical, un système nettement plus attractif côté salaires et horaires.
Exode silencieux
Cet exode à bas bruit est devenu au fil des ans l’un des symptômes les plus inquiétants de la crise du système de santé italien. Et certaines spécialités sont frappées de plein fouet par le manque de bras comme la pathologie, l’anesthésie réanimation, la médecine d’urgence, la pédiatrie, la psychiatrie, la chirurgie générale la neurochirurgie ou la radiologie. Les raisons de ces carences sont connues : sous-investissement chronique, salaires peu attractifs, horaires éreintants. Et aussi le risque juridique élevé qui expose les médecins à des plaintes fréquentes, voire systématiques, et les pousse à pratiquer une « médecine défensive » en multipliant les prescriptions, examens et analyses, au risque de surcoûts inutiles.
Du côté des soins primaires, quelque 5 500 généralistes manqueraient à l’appel, sans compter qu’un nombre important d’omnipraticiens inscrits à l’Ordre n’exercent pas en réalité dans les cabinets.
Sauver le soldat santé
Pour redresser la barre, le gouvernement a prévu un plan de relance dans le budget 2026 avec à la clé, une enveloppe supplémentaire de 2,4 milliards d’euros (portant le fonds national de la santé publique à 143 milliards d’euros). Ce « plan de sauvetage » prévoit des revalorisations salariales pour les médecins du secteur public d’environ 3 000 euros brut par an, notamment dans des domaines jugés stratégiques mais sous-valorisés – radiothérapie, anapath ou oncologie.
Il prévoit aussi de recruter quelque 7 000 soignants dans les établissements, un nombre jugé insuffisant pour les syndicats de médecins qui dénoncent « un coup de bluff ». Le gouvernement transalpin promet aussi d’investir dans la prévention, les soins palliatifs et la santé mentale. Problème, le gouvernement ne précise pas si les embauches ciblent uniquement les hôpitaux publics ou également les structures territoriales de proximité.
L’exécutif italien prévoit aussi d’augmenter le nombre d’étudiants dans la filière médicale. Alors que l’admission annuelle oscille entre 8 000 et 10 000 étudiants, l’idée est de faire grimper ces effectifs à 12 000 par an.
Côté sécurité, le ministre de la Santé Orazio Schillaci a promis de pérenniser la protection pénale appelée « bouclier pénal » qui avait été adoptée durant la pandémie de Covid. Ce dispositif permet aux médecins de ne plus être attaqués en justice sauf en cas de faute grave dans le cadre de leur exercice, à l’heure où 300 000 procédures sont ouvertes chaque année.
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