À la suite de l’intervention du ministre, le directeur général de la Cnam a pris place face aux adhérents de la CSMF, ce 6 octobre à Arcachon. Et si Aurélien Rousseau a esquissé, dans un discours, les grandes lignes de la future négociation conventionnelle, Thomas Fatôme a, lui, fait face aux nombreuses questions des cadres de la Conf’, tout en rappelant qu’il ne s’agissait pas de faire les négos avant leur début officiel attendu dans les prochaines semaines. Retour sur les grands sujets abordés.
L’attractivité du métier et la place du médecin traitant
« Clairement, la relance de la discussion conventionnelle doit avoir comme un de ses sujets cœur l’attractivité, en ce qu’elle permet d’attirer des jeunes médecins dans l’exercice libéral en proximité, et en ce qu’elle permet de maintenir des médecins seniors en activité », a affirmé Thomas Fatôme. Citant une analyse de l’Assurance-maladie montrant que « les médecins généralistes voient environ un million de patients par jour, que les médecins spécialistes libéraux voient à peu près le même nombre de patients. On parle beaucoup des urgences, mais ce n’est jamais que 40 000 à 50 000 patients par jour. L’enjeu absolument clé en cette période de tension sur la démographie médicale, c’est de maintenir cette capacité ». Le directeur de la Cnam a alors listé différents leviers de cette attractivité : « la question tarifaire, les conditions d’exercice, l’exercice aidé, la simplification administrative, un numérique en santé qui aide les libéraux… »
Interpellé sur les difficultés d’attractivité de la médecine générale libérale, Thomas Fatôme a estimé que « le médecin traitant, son appui et le lien avec la médecine de deuxième recours, c’est plus important que les soins non programmés », affirmant qu’il fallait lutter contre les centres de soins non programmés « a fortiori quand ils sont décorrélés de l’offre de soins du territoire ». Le directeur de la Cnam a partagé son ambition de « de redonner l’assurance aux patients qu’ils vont avoir un rendez-vous. Il faut donc mettre le médecin traitant en capacité, avec une équipe, avec les assistants médicaux, avec d’autres professionnels autour de lui… »
La hiérarchisation des actes et leur revalorisation
« Nous n’allons pas revenir avec les mêmes propositions, en se disant tout de même que les difficultés n’ont pas disparu. Il faut que chacun revienne avec des idées nouvelles », a-t-il indiqué. Sur la question de la hiérarchisation, Thomas Fatôme a estimé que cela faisait partie des solutions, tout en tempérant sur le besoin de faire des choix et d’assumer de part et d’autre une simplification de la nomenclature. Il a par ailleurs cité « l’invitation du ministre de voir si sans attendre la fin des travaux de la CCAM (on peut agir sur) les tarifs sous-cotés et peut-être aussi ceux surcotés ».
Rappelant qu’il n’était pas question de débuter la négociation, Thomas Fatôme a tenu à partager un message : « nous ne pourrons pas tout faire, il faudra aligner les priorités et renvoyer certains autres sujets à des avenants ». Conscient des « attentes très fortes des médecins généralistes et des médecins traitants sur les actes de base », le directeur de la Cnam a maintenu sa position sur une possible revalorisation, le tarif de 26,50 euros n’étant « qu’une étape ».
Pourtant, si la porte semble ouverte pour une revalorisation des tarifs, le directeur n’a pas caché sa volonté de trouver des leviers d’économie, à l’exemple des contrôles sur les arrêts de travail, les dispositifs pour optimiser les prescriptions…
L’Optam pour tous ?
Face à la proposition d’un Optam (option de pratique tarifaire maîtrisée )pour tous, Thomas Fatôme s’est montré très réservé. « Nous aurons une discussion avec les médecins libéraux et les complémentaires santé. (…) L’Optam a été construit historiquement pour engager une forme de régulation des dépassements d’honoraires, pour que l’Assurance-maladie mette davantage de tarifs, que les complémentaires en partie se mobilisent en partie et qu’il y ait un engagement de moyens », martelant que « l’Assurance-maladie est assez convaincue qu’on a un bien précieux dans notre pays qui est un accès de premier recours, le médecin généraliste, à tarif opposable qui ne dépend pas des complémentaires des patients ».
La menace de la financiarisation du système
Le directeur de la Cnam s’est félicité du choix de la CSMF de consacrer son université à la financiarisation. Car s’il a défendu le modèle français avec des acteurs publics, privés non lucratifs et privés lucratifs, il a estimé important que le débat public porte sur ce thème, invitant à se poser la question « une offre de santé, elle a besoin de capitaux privés mais elle a aussi beaucoup besoin d’être pilotée par des professionnels de santé ». Avant d’ajouter : « Je suis inquiet sur ce qu’il se passe aujourd’hui sur la radiologie. (…) Je partage avec vous l’urgence. Nous devons avancer sur ce domaine rapidement », tout en rappelant la mise en place d’un observatoire mais aussi d’une mission d’inspection et de contrôle.
Les délégations de tâches
Le directeur général de la Cnam a assumé les nouvelles délégations de tâches inscrites dans le PLFSS 2024, rappelant que la délivrance d’antibiotiques par le pharmacien suite à un trod positif pour l’angine ou la cystite avait été proposée dans le dernier rapport Charges et produits. « Il y a 9 millions d’angines par an, pour combien de trod utilisés chaque année ? Un million ! Et nous avons 20 % de prescriptions d’antibiotiques en trop », a fait valoir Thomas Fatôme, tandis que l’assemblée témoignait de son mécontentement. Néanmoins, sur les délégations de tâches, le directeur de la Cnam a ouvert la porte à « une vraie discussion » sur « l’équilibre économique des cabinets », soulignant « si on enlève au médecin traitant tout ce qui est simple, en termes de prescriptions simples, de vaccinations simples, de consultations simples… et qu’à la fin il en reste que les cas compliqués, ça pose la question de l’équilibre économique ». S’il a ensuite renvoyé à la décision du Parlement de voter ou non ces nouvelles délégations, Thomas Fatôme en a profité pour redire « son attachement à l’interprofessionnalité ».
Les équipes de soins spécialisées
Interrogé sur le soutien au développement des équipes de soins spécialisées (ESS), Thomas Fatôme a affirmé : « il faut les faire grandir et leur donner un vrai cadre conventionnel avec des financements pérennes ». Avant d’ajouter : « il faut qu’on se remette autour de la table sur le design, différent selon les spécialités. On pense que c’est formule d’avenir d’organisation sur le territoire, avec le médecin traitant, de structuration de cette offre spécialisée ».
Le numérique
« Les innovations, y compris des systèmes d’information doivent permettre de simplifier la vie des médecins », a affirmé Thomas Fatôme face à des médecins sceptiques, le Dr Luc Duquesnel, président de la branche généraliste de la CSMF, l’interpellant d’ailleurs sur le temps médical perdu tous les jours suite à la vague 1 du Ségur et les « difficultés des éditeurs à travailler sur nos besoins ». Mais le représentant de l’Assurance-maladie a défendu la gratuité des mises à jour des logiciels, mais également rappelé les enjeux de sécurité et de traçabilité important.
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