Avec les délégations de tâches, les médecins n'auront à l'avenir « pas de quoi vivre », craint le SML

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Publié le 22/01/2020
Dr Philippe Vermesch

Dr Philippe Vermesch
Crédit photo : BURGER/PHANIE

Censés pallier le manque de médecin actuel, les délégations de tâches pourraient-elles à terme menacer l'exercice des médecins libéraux ? C’est ce que redoute le Dr Philippe Vermesch, président du SML. Mercredi, à l’occasion de ses vœux à la presse, le stomatologue a réaffirmé son opposition au « transfert des compétences médicales et notamment du diagnostic (…) au profit d’autres professionnels de santé ».

Le patron du SML estime en effet que la crise démographique actuelle est un « faux alibi » et que le gouvernement « veut faire payer aux médecins au prix fort le maintien de la liberté d’installation » avec ces délégations.

Des effets trop tardifs

Alors que certains transferts sont déjà effectifs (vaccination antigrippale par le pharmacien) ou sur le point de l’être, le Dr Vermesch craint que de nouvelles délégations apparaissent, notamment grâce à l’article 51 de la LFSS 2018. Pour rappel, celui-ci permet aux professionnels de santé d’expérimenter localement de nouvelles organisations, lesquelles ont vocation à être généralisées en cas de succès. Or, parmi ces expérimentations figurent de nouveaux transferts de tâches, relève le patron du SML.

« Nous ressentirons les effets de ces délégations dans 6 à 7 ans, quand la courbe démographique des médecins sera remontée, pronostique le Dr Vermesch. La fin du numerus clausus aidant, il va y avoir un moment où on va nous dire : "la liberté d'installation, on vous la supprime quand même !" »

« On retombera alors dans un système commercial, où ce sera la guerre, comme il y a 40 ans. Les praticiens seront beaucoup plus nombreux, la médecine se sera réorganisée avec d'autres acteurs et les médecins n'auront pas de quoi coter, pas de quoi vivre », anticipe le Dr Vermesch. 

Non aux « transferts sauvages », oui à la coordination consentie

Plutôt que des « transferts sauvages », le SML prône « la coordination entre les professionnels libéraux de santé ». Le syndicat a ainsi annoncé avoir déposé avec la Fédération nationale des infirmiers et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France une candidature pour la mise en place d'une expérimentation visant à éviter les redondances et l'iatrogénie médicamenteuse dans le cadre de l'article 51 de la LFSS 2018. « Le projet prévoit un échange d'informations renforcé entre infirmier, médecin traitant et pharmacien référent autour de l'observance et de la prise en charge du patient polymédiqué, âgé, ou désorienté », explique le Dr Vermesch. Intitulé « Gélule », le projet a été retenu par le ministère de la Santé et la Cnam et sera soumis au financement « après un travail de réécriture technique ».


Source : lequotidiendumedecin.fr