DES ÉTUDES expérimentales ont montré que les composés présents dans la fumée de tabac, comme les hydrocarbures polycycliques, les amines aromatiques et les N-nitrosamines peuvent induire des tumeurs mammaires. La détection de produits d’addition de l’ADN, spécifiques du tabagisme, et des mutations dans le gène p53 dans le tissu mammaire des fumeuses rendent biologiquement plausible une association entre le tabagisme et le cancer du sein. Malgré ces arguments, une revue épidémiologique publiée en 2002 a conclu en l’absence d’association entre le tabagisme actif et le risque de cancer du sein, attribuant des résultats opposés à un effet confondant de l’alcool. Cependant, la réévaluation de récentes études de cohorte ont suggéré une augmentation du risque de cancer du sein, indépendante de l’alcool, chez les femmes qui fumaient depuis longtemps ou qui avaient commencé à fumer à un jeune âge. Enfin, une étude publiée en janvier 2011 dans « Archives of International Medecine » a confirmé que le tabagisme favorise le cancer du sein surtout chez la femme jeune (« Le Quotidien » du 26 janvier 2011).
De la même façon, des études concernant le tabagisme passif ont suggéré une augmentation du risque de cancer du sein. Ces études ont montré une association entre tabagisme passif et cancer du sein chez les jeunes femmes avant la ménopause. En revanche, ces travaux ne permettaient pas de conclure en ce qui concerne les femmes ménopausées.
Il se trouve que, dans la Women’s Health Initiative Observational Study, on a collecté des informations concernant les tabagismes actif et passif (pour ce dernier : au cours de l’enfance, de la vie d’adulte jeune, à la maison, au travail). Les données de l’étude WHI comportant un grand nombre de cancers du sein, une équipe américaine (Juhua Luo et coll.) a eu l’idée de les analyser en fonction du tabagisme.
Dans WHI, destinée à évaluer les causes principales de morbidité et de mortalité chez les femmes ménopausées, ont été recrutées 93 676 femmes de 50 à 79 ans, entre 1993 et 1998, dans 40 centres des États-Unis.
Tabagisme important et prolongé.
Au total, au cours d’un suivi moyen de 10,3 ans, ont été observés 3 520 cas de cancer du sein invasif. Par rapport aux femmes qui n’avaient jamais fumé, le risque de cancer du sein était majoré de 9 % chez les anciennes fumeuses (hazard ratio - HR - : 1,09), de 16 % chez les fumeuses actuelles (HR : 1,16).
Un risque significativement élevé de cancer du sein a été enregistré chez les femmes ayant fumé beaucoup et longtemps et ayant commencé à l’adolescence. Le plus haut niveau de cancer du sein a été observé chez les femmes ayant fumé pendant 50 ans ou plus, avec un HR de 1,35 si on les compare avec les femmes n’ayant jamais fumé et de 1,45 chez les femmes n’ayant, de plus, jamais été exposées au tabagisme passif.
Une majoration du risque de cancer du sein persiste pendant vingt ans après l’arrêt du tabac.
Parmi les femmes qui n’ont jamais fumé, celles qui avaient la plus grande exposition à un tabagisme passif (≥ 10 ans d’exposition dans l’enfance, ≥ 20 ans à l’âge adulte à la maison, ≥ 10 ans à l’âge adulte au travail) avaient un excès de risque de cancer du sein de 32 % par rapport aux femmes qui n’avaient jamais été exposées au tabagisme passif. Toutefois, il n’y avait pas d’association significative chez les femmes ayant une plus faible exposition au tabagisme passif.
« Le tabagisme actif est associé à une augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées. Les résultats suggèrent aussi une association entre tabagisme passif et accroissement du risque de cancer du sein », concluent les auteurs.
BMJ online.
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