Plan périnatalité : incompréhension des anesthésistes-réanimateurs, qui se disent oubliés de la concertation

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Publié le 11/02/2026
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Stéphanie Rist a lancé un chantier national sur la périnatalité sans inclure dans le comité de pilotage les anesthésistes-réanimateurs. Les spécialistes profession se disent « surpris et inquiets » ; le ministère leur confirme qu’ils seront associés aux travaux et leur suggère la patience.

Crédit photo : Burger/Phanie

C’est la colère qui gagne la profession d’anesthésistes-réanimateurs depuis l’annonce ministérielle, le 5 février, de la composition du groupe de pilotage dans le cadre des négociations autour du plan périnatalité. Ce comité compte bien une sage-femme (Eliette Bruneau), une pédiatre néonatalogiste (la Pr Elsa Kermorvant à l’AP-HP) et un gynécologue-obstétricien (le Pr Loïc Sentilhes du CHU de Bordeaux), mais pas d’anesthésiste-réanimateur. Les représentants de cette spécialité n’ayant pas été encore reçus depuis l’arrivée de la ministre de la Santé Stéphanie Rist aux affaires en octobre 2025, ils s’interrogent donc sur la volonté de dialogue de la tutelle.

« Nous sommes très surpris, dépités, inquiets et nous nous sentons méprisés, s’énerve le Dr Mathieu Brière, anesthésiste au CHU de Nîmes et vice-président du syndicat Snphare. La situation est surréaliste, inconcevable, alors que cela fait des années que nous alertons les instances pour une réouverture des négociations. »

Les anesthésistes sont pourtant des interlocuteurs de longue date sur ce dossier. Ils ont été entendus dans le cadre de la mission sénatoriale en 2024 qui propose de revoir totalement l’organisation de la santé périnatale. Ensuite, ils ont rencontré en juillet 2025 le ministre de la Santé d’alors, Yannick Neuder, avec lequel il était convenu une reprise des négociations dès la rentrée de septembre avec toutes les sociétés savantes et les syndicats de médecins. À cette réunion l’été dernier avaient été conviés les anesthésistes-réanimateurs, les pédiatres, les gynécologues-obstétriciens et les urgentistes. Ces derniers sont « d’ailleurs aussi oubliés aujourd’hui alors qu’ils sont concernés par les transferts dans des situations très compliquées de femmes enceintes et de nouveau-nés », insiste le Dr Brière qui espère un revirement de la tutelle.

Pour qu’une maternité fonctionne, le trio anesthésiste, obstétricien, pédiatre est indispensable

Dr Pascal de Bièvre, vice-président du Syngof

Les représentants syndicaux des gynécologues-obstétriciens ne comprennent pas non plus cette mise à l’écart de leurs collègues anesthésistes-réanimateurs. « C’est surprenant que ces deux spécialités (anesthésistes-réanimateurs et urgentistes) n’aient pas été sollicitées », s’étonne le Dr Pascal de Bièvre, vice-président du Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) et médecin à Meaux (Seine-et-Marne). « Or pour qu’une maternité fonctionne, le trio anesthésiste, obstétricien et pédiatre est indispensable. Mais sans obstétricien, l’établissement ne peut plus du tout fonctionner. »

Tous les acteurs associés

Sollicité par Le Quotidien, le ministère de la Santé considère qu’ayant désigné trois personnalités « chargées d’organiser les travaux à venir pour bâtir un plan d’action opérationnel à courte échéance », celles-ci « organiseront leurs travaux en associant l’ensemble des acteurs du champ de la périnatalité, avec une attention particulière portée aux enjeux de l’anesthésie-réanimation. Les contributions de tous les acteurs seront attendues et nous y serons attentifs. »

« Les représentants de la profession d’anesthésistes-réanimateurs avaient bien été conviés pour participer au lancement des travaux par la ministre, précise également la direction générale de l’offre de soins (ministère). L’anesthésie-réanimation occupera une place très importante dans le plan d’action pour améliorer la santé périnatale et maternelle ».

Les premières conclusions du comité de pilotage sont attendues par la ministre de la Santé d’ici juin 2026.

Ce que réclament les praticiens hospitaliers du Snphare

Afin de sécuriser la prise en charge, le Snphare demande un ratio minimum de soignants pour les maternités qui assurent plus de 3 000 accouchements par an. Le syndicat réclame aussi que soit pris en compte en sus du risque néonatal celui des parturientes. Enfin, le Snphare, totalement opposé à la proposition parlementaire d’un moratoire sur la fermeture des maternités, souhaiterait au contraire l’imposition d’un seuil minimal d’accouchements annuels et la fermeture « définitive (de) ces petites maternités qui sont devenues extrêmement dangereuses ».


Source : lequotidiendumedecin.fr