« La prévention reste un élément essentiel de la lutte contre les cancers, puisque 40 % d’entre eux sont évitables, alerte le Pr Jean-Yves Blay, président de la fédération Unicancer et directeur général du Centre Léon Bérard (CLB) de Lyon, et c’est un des enjeux du DPCE de les rendre encore plus évitables ! »
Les travaux de recherche sur les facteurs environnementaux et le risque de cancer s’inscrivent dans le cadre de l’UMR/INSERM 1296 « Radiations : Défense, Environnement, Santé » avec « une approche très innovante, s’appuyant sur des interfaces entre des blocs de connaissance pathologiques, épidémiologiques, géographiques et moléculaires », explique la Pr Béatrice Fervers, directrice adjointe du CLB.
Une consultation dédiée aux cancers professionnels
En 2009, une consultation spécialisée dans les cancers professionnels, projet pilote en France, a été mise en place en collaboration avec la Pr Barbara Charbotel (centre de consultation des pathologies professionnelles des Hospices Civils de Lyon). L’objectif est de permettre aux patients de bénéficier d’une expertise en santé au travail sur le lieu de leur prise en charge cancérologique. Plus de 2000 personnes ont bénéficié de cette approche qui conjugue consultation et repérage systématique de l’exposition professionnelle, et permet si nécessaire d’aider le patient dans sa démarche de reconnaissance du cancer en maladie professionnelle.
Cancer du sein et polluants atmosphériques
Des recherches sur les facteurs environnementaux du cancer ont été engagées en particulier dans les cancers du sein, en collaboration avec la cohorte E3N, dans les tumeurs germinales des testicules en partenariat avec le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ou le paragangliome héréditaire en lien avec l’APHP. Le travail conjoint avec des chercheurs en biologie moléculaire vise à mieux comprendre le mode d’action de ces cancérogènes. « On constate actuellement une baisse globale des polluants atmosphériques – sauf l’ozone - mais ce sont les expositions antérieures qui font les cancers d’aujourd’hui ! », avertit la Pr Fervers.
Dans le cancer du sein, après les travaux historiques menés en particulier sur les dioxines, l’étude XENAIR (1990-2011) montre une association significative avec l’exposition à divers polluants comme le polychlorobiphényle 153, le benzo[a]pyrene, les particules fines PM2.5 et PM10. Par contre, ce n'est pas le cas concernant l’ozone : les personnes fortement exposées à l’ozone l'étant probablement moins aux autres polluants. Le risque avec les polluants identifiés est particulièrement élevé en cas d’exposition pendant la transition ménopausique. De plus, il est augmenté pour les tumeurs à récepteurs positifs, en accord avec les propriétés de perturbateurs endocriniens de ces polluants. Ce projet a été complété par le recueil très précis des différents types d’environnement domestique, scolaire et professionnel depuis la vie in utero, ainsi que par l’évaluation de l’impact de la mobilité (déplacements domicile/travail des participants : mode, durée, type actif ou passif…).
« Nous travaillons actuellement sur les risques de l’exposition combinée. Certains polluants ne sont pas corrélés à l’augmentation des cancers du sein pris isolément mais peuvent l'être lorsqu’ils sont associés ».
Et concernant l'exposition aux pesticides ?
Incluant 239 foyers vivant dans trois zones agricoles et une zone urbaine de la région Rhône-Alpes, l’étude SIGEXPO quantifie les pesticides présents dans les poussières domestiques et cherche à identifier les facteurs associés à leur présence, comme la distance avec les cultures, leur surface, la présence de barrières végétales…
Quant au projet SIGEXPOSOME, il s’intéresse à l’exposition aux pesticides et à ses répercussions moléculaires et génétiques, aussi bien chez les professionnels qu’en population générale, dans laquelle les liens entre cancers et pesticides restent difficiles à mettre en évidence.
En milieu urbain et périurbain, le projet SIGExpoMétro ambitionne d'identifier la population potentiellement concernée par les expositions aux pesticides liées aux activités agricoles de la Métropole de Lyon, qu’elles soient atmosphériques ou alimentaires.
« C’est un véritable challenge que de mettre en évidence des causes de cancer encore méconnues. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt et nous devons continuer à insister sur les facteurs essentiels, tabac, alcool, sédentarité, alimentation, surpoids », alerte le Pr Blay.
D'après une conférence de presse du Centre Léon Bérard (Lyon), le 7 avril 2021
https://www.cancer-environnement.fr
https://www.centreleonberard.fr
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