« Notre étude explore les prédicteurs de survie pour les patients qui ont un cancer oropharyngé métastatique lié ou non à l’HPV. Elle montre que la guérison est un objectif réaliste pour les patients HPV-positifs avec oligométastase (au maximum 5 lésions dans un organe à distance) », a souligné le Dr Sophie Huang, radio-oncologie (Université de Toronto) lors du congrès de l’ICHNO.
Interrogée par « le Quotidien », elle précise : « Traditionnellement, on envisage uniquement un traitement systémique pour le stade métastatique ; il apparaît maintenant qu’un traitement ablatif local de la métastase (par résection chirurgicale ou radiothérapie) devrait être considéré si cela est techniquement possibl. Nous espérons que ces résultats motiveront les chercheurs à optimiser les stratégies de prise en charge pour ces patients. »
L’étude porte sur 934 cas de cancer oropharyngé testés pour l’HPV, soit 75 % des 1 238 cas consécutifs traités par radiothérapie entre 2000 et 2011 dans un hôpital canadien. La majorité de ces cancers (70 %) (654) étaient HPV+, tandis que 30 % (280) étaient HPV-.
Des métastases 5 ans après
Des métastases à distance ont été détectées chez 15 % des patients (142/934), en moyenne 1,3 an après traitement dans le groupe HPV+ (88 patients) et après 0,5 an dans le groupe HPV- (54 patients).
L’étude révèle une dissémination métastatique différente pour le cancer oropharyngé HPV+ comparé à HPV-.
Elle confirme d’abord qu’une métastase peut survenir tardivement après le traitement initial du cancer oropharyngé HPV+; au-delà de 2 ans dans un quart des cas, et dans quelques cas plus de 5 ans après (3 cas/88, dont 1 apparu 8 ans après). « Il faut donc faire preuve de prudence lorsqu’on déclare une guérison 5 ans après le traitement initial d’un cancer oropharyngé non métastasé ; et ceci souligne l’importance du suivi au-delà de la période de 2 ans », note Huang.
Des métastases dans au moins deux organes sont observées chez 53 % des cas HPV+ (47 cas ; contre 20 % des cas HPV-) et sont « explosives » (plus de 10 lésions apparaissant en 3 mois dans un organe) dans la moitié des cas (26/47 cas ; ce qui n’est pas observé dans les cancers HPV-). À l’opposé, une oligométastase (au maximum 5 lésions dans un seul organe ; phénotype indolent) est observée chez 27 % des cas HPV+ (24 cas) et 20 % des cas HPV- (11 cas).
Survie plus longue en cas de métastase
Le poumon est le principal site métastatique dans les 2 groupes HPV+ et HPV- (78 % contre 89 %). Un traitement spécifique de la métastase a pu être reçu par 53 patients HPV+ (60 %) et 17 patients HPV- (31 %), soit par chirurgie (16 cas contre 4), radiothérapie (40 cas contre 8), et/ou chimiothérapie (19 cas contre 6).
Quatre facteurs élevant le risque de mortalité après métastase ont pu être identifiés : l’incapacité à recevoir un traitement de la métastase, la présence d’un échec locorégional, des métastases dans au moins 2 organes, et un tabagisme élevé.
Dans l’ensemble, les patients avec métastase ont une survie plus longue dans le groupe HPV+ que dans le groupe HPV- (25 % de survie a 3 ans, contre 15 %). Le suivi moyen après métastase chez les survivants a été de 3,5 ans. Dernier résultat important, la guérison est possible en cas d’oligométastase, notamment dans le groupe HPV+. Ainsi, 8 patients HPV+ avec oligométastase (pulmonaire pour la plupart) et 1 patient HPV- avec oligométastase (dans les tissus mous de la cuisse) restent en vie sans maladie 3 ans après traitement de la métastase. Puisque le Dr Huang n’a pas constaté à ce jour de rechute au-delà de 3 ans, ces 8 patients, soit un quart des patients HPV+ avec oligométastase, pourraient être « guéris ». Cinq des 8 patients ont un suivi supérieur à 5 ans et restent sans cancer, et le patient suivi le plus longtemps reste exempt de cancer 8 ans après traitement de la métastase.
*International Conference on innovative approaches in Head & Neck Oncology, Nice
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