Lourdes conséquences du surpoids des jeunes

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Publié le 04/04/2025
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Une étude israélienne recense les complications du surpoids chez les jeunes de 18 à 25 ans. Sur une très courte période, l’addition est déjà salée.

Crédit photo : BURGER/PHANIE

Les morbidités liées à l’obésité sont généralement associées à sa gravité et à sa durée. Chez les jeunes obèses, l’apparition de conséquences graves est encore sous-étudiée. C’était l’objet d’une étude israélienne, qui s’est penchée sur l’association entre l’IMC des jeunes et les morbidités graves liées au surpoids, apparues avant l’âge de 25 ans (1).

L’analyse porte sur une cohorte rétrospective nationale incluant des conscrits israéliens de 17 à 21 ans (1,2 million de jeunes des deux sexes) ayant subi une évaluation médicale au recrutement (entre 1996 et 2017) jugés aptes au service militaire et recrutés dans les Forces de défense israéliennes.

Le critère d’étude est l’incidence des morbidités graves, empêchant les individus d’effectuer leur service obligatoire. Les participants ont été suivis depuis leur enrôlement, jusqu’à la fin de leur service (trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes), ou jusqu’au début de la morbidité grave, en les stratifiant selon les catégories d’IMC.

Pour les hommes, comparés à ceux ayant un IMC normal, les ratios de risque ajustés (HR) d’apparition d’une morbidité grave sont : HR = 0,89 [0,83 – 0,95] en cas de sous-poids ; HR = 1,21 [1,16 – 1,27] en cas de surpoids ; HR = 1,39 [1,32 – 1,47] lors d’obésité de classe 1 ; HR = 2,82 [2,60 – 3,06] avec une obésité de classe 2 ; et HR = 5,14 [4,37 – 6,04] avec une obésité de classe 3.

Pour les femmes, ces chiffres sont de : HR = 0,95 [0,84 – 1,09] en cas de sous-poids ; HR = 1,27 [1,17 – 1,37] en cas de surpoids ; HR = 1,63 [1,45 – 1,82] lors d’obésité de classe 1 ; HR = 4,00 [3,46 – 4,61] avec une obésité de classe 2 ; et HR = 7,30 [5,65 – 9,43] avec une obésité de classe 3.

Ces morbidités sont d’abord métaboliques (diabète, HTA), il s’agit aussi de cancers, de complications gastro-entérologiques, dermatologiques, génitales, infectieuses, ORL, oculaires etc.

La longue discussion accompagnant cette publication rappelle que le suivi court laisse craindre bien plus de retentissement dans le futur chez les adultes jeunes, concluant à l’urgence d’une prévention en amont, dès l’enfance.

Une bombe à retardement

Cette étude, portant sur une très large population de jeunes gens conscrits de l’armée israélienne, 1,2 million, avec un suivi de deux ans pour les filles et trois pour les garçons trouve déjà un fort impact sur la santé globale, en particulier le diabète et l’HTA, mais aussi plusieurs autres maladies sérieuses ou graves, dont les cancers, en cas d’IMC élevé surtout d’obésité, et en particulier grade 2 et 3.

Cette étude porte sur une population génétiquement hétérogène, ce qui permet aux auteurs d’affirmer sa représentativité pour d’autres pays, et d’extrapoler leurs conclusions à bien d’autres populations de même niveau de revenus.

On note, en étudiant les données, que 15 à 18 % des jeunes de cette tranche d’âge sont en surpoids à l’incorporation. Malgré un temps d’observation moyen de 2,5 années seulement, les méfaits du surpoids sont déjà très marqués, laissant craindre des conséquences beaucoup plus sérieuses dans les deux à trois décennies suivantes, chez des adultes donc encore très jeunes.

Pardon de me répéter, mais, oui : réjouissons-nous des avancées thérapeutiques, portées par les incrétino-mimétiques, mais pensons d’abord à la prévention !

(1) Zloof Y, Nitecki M, Simchoni M, et al. Overweight and obesity among Israeli adolescents and the risk for serious morbidity in early young adulthood: a nationwide retrospective cohort study. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Feb;13(2):97-106

Pr Serge Halimi, Professeur Émérite, Université Grenoble-Alpes

Source : lequotidiendumedecin.fr