Mario Draghi confine l’Italie et accélère la campagne de vaccination

Publié le 15/03/2021

Crédit photo : AFP

Depuis lundi matin, quasiment toute l’Italie est confinée jusqu’au 6 avril prochain. Sur vingt régions, onze sont désormais placées en zone rouge et huit, orange. La Sardaigne est classée zone blanche après avoir quasiment éliminé le virus.

Pour le Conseil scientifique et le gouvernement, le retour au confinement était inévitable, la situation s’étant progressivement détériorée durant les six dernières semaines. Alors que la Péninsule a franchi le seuil des 100 000 décès depuis le début de l’épidémie en mars 2020, le taux d’incidence s’était établi à 225,6 cas pour 100 000 habitants début mars contre 194,8 fin février.

Dans les réanimations, 2 685 patients étaient hospitalisés à la veille de l’introduction de ce deuxième confinement très strict. Le ministère de la Santé, qui a fixé le seuil d’alerte à 30 % d’occupation des lits, évoque le risque de saturation dans certaines régions, onze ayant déjà dépassé la barre. La situation est particulièrement inquiétante en Ombrie (60 % des lits sont occupés), dans la province autonome de Trente (54 %) mais aussi en Lombardie, où le taux d’occupation est supérieur à 40 % dans certaines provinces.

Une opération de vaccination jusque-là peu harmonisée

Pour désamorcer la troisième vague et enrayer le processus de saturation du système hospitalier, le premier ministre Mario Draghi a décidé de prendre le taureau par les cornes. C’est-à-dire en verrouillant une grande partie du pays et en parallèle, en vaccinant tous azimuts. Depuis le 27 décembre dernier, 6,7 millions de personnes ont été immunisées, dont deux millions à deux doses sur une population de 59,6 millions d’habitants.

À l’échelle nationale, l’opération peu harmonisée est parfois chaotique. D’abord en raison des retards de livraison des sérums produits par les multinationales Pfizer, Moderna et AstraZeneca, dont le vaccin vient d’être suspendu temporairement sur tout le territoire par l’AIFA, l’agence italienne du médicament après le décès de cinq patients. Les résultats des autopsies de deux patients ont exclu toute relation entre l’injection et les décès, les autres sont en cours. S’ajoute le nombre insuffisant de professionnels de santé mobilisés et de centres de vaccination disponibles.

Développement des structures de vaccination

Pour accélérer la cadence, le gouvernement de Mario Draghi a rectifié le programme mis en place par le précédent exécutif. Le nouveau plan repose sur quatre piliers : la production de sérums en Italie, l’augmentation du nombre quotidien d’injections (actuellement de 170 000) et le renforcement des centres de vaccination, le passage à la prophylaxie par tranche d’âge comme en Israël.

Pour renforcer les personnels de santé, les médecins de famille ont été mobilisés mais l’opération a du mal à démarrer. En revanche, les structures se développent : une partie du plus grand drive-in d’Italie utilisé pour les tests de dépistage vient d’être partiellement reconvertie en centre de vaccination. Les patients sont vaccinés à la chaîne en cinq minutes sans descendre de leur voiture. Selon le ministère de la Défense qui chapote l’opération, entre deux et trois mille personnes pourront être vaccinées chaque jour.

Le Spoutnik V prend ses marques

Pour accélérer la campagne, le gouvernement, qui veut réussir à immuniser au moins 60 % de la population d’ici à l’été prochain, table sur l’arrivée à partir de la mi-avril de 27 millions de doses du vaccin à une injection de Johnson & Johnson, validé jeudi dernier par l’EMA.

Et peut-être aussi sur le Spoutnik V, qui n’a pas encore obtenu le feu vert de l’Agence européenne du médicament mais qui sera produit en Italie à partir du mois de juillet après la signature d’un accord entre le fonds souverain russe RDIF propriétaire du vaccin et la société italo-suisse Adienne Pharma & Biotech. Les doses seront produites dans les établissements de la firme italo-suisse, situés à Caponago en Lombardie, selon Sergey Razov, ambassadeur de Russie en Italie et à Saint-Marin. Les lots devraient être commercialisés sur le territoire italien à partir de la fin de l’année, a déclaré, pour sa part, Antonio Francesco Di Naro, président de la firme. Officiellement, il s’agirait d’un accord commercial entre les deux parties et les pouvoirs publics italiens ne seraient pas intervenus

 

 

Ariel F. Dumont à Rome

Source : lequotidiendumedecin.fr