Alors que la mission conjointe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la République populaire de Chine chargée d'enquêter sur l'origine du SARS-CoV-2 estimait en février « hautement improbable » l'hypothèse de la fuite du virus de l'un des laboratoires de la région de Wuhan, un groupe de scientifiques internationaux considèrent que la piste ne doit pas être exclue.
« Les théories de fuite accidentelle d’un laboratoire et de débordement zoonotique demeurent toutes deux viables. Il est essentiel de savoir comment le Covid est apparu pour éclairer les stratégies mondiales visant à atténuer le risque d'épidémies futures », indiquent-ils dans une lettre parue dans « Science ».
Déjà en mars 2021, vingt-six scientifiques, dont onze Français, avaient appelé à réévaluer tous les scénarios possibles dans une tribune publiée dans « Le Monde ».
La piste du laboratoire négligée
Les termes de l'étude conjointe Chine-OMS ont été publiés en novembre, rappellent les scientifiques dans « Science » . « L’information, les données et les échantillons de la première phase de l’étude ont été recueillis et résumés par la moitié chinoise de l’équipe ; le reste de l’équipe s’est appuyé sur cette analyse », relatent-ils.
La mission conjointe a estimé que le débordement zoonotique était « probable à très probable », quand l'incident de laboratoire était jugé « hautement improbable ». Une conclusion que ne partagent pas les signataires de la lettre de « Science ». Pour eux, les deux hypothèses n’ont pas été analysées de manière équilibrée, alors que les données disponibles n'appuyaient pas davantage une piste que l'autre : « seulement 4 des 313 pages du rapport et de ses annexes traitent de la possibilité d’un accident de laboratoire ».
Le directeur général de l’OMS lui-même, Tedros Ghebreyesus, a estimé que l’examen des preuves étayant un accident de laboratoire dans le rapport était insuffisant, rapportent les auteurs. Ils estiment, comme lui, qu'il est « possible d’obtenir une plus grande clarté sur les origines de cette pandémie ».
Un appel à une enquête transparente et indépendante
Davantage de recherches doivent donc être menées, et toutes les pistes doivent être prises au sérieux tant que les données disponibles ne sont pas suffisantes. Les scientifiques réclament ainsi « une enquête en bonne et due forme, transparente, objective, fondée sur des données, faisant appel à une vaste expertise, soumise à un contrôle indépendant et gérée de façon responsable afin de réduire au minimum l’incidence des conflits des intérêts ».
Pour faciliter ce travail d'enquête, ils plaident pour que les données des organismes de santé publique et des laboratoires de recherche soient publiques. De plus, les données sur lesquelles se basent les enquêteurs doivent être bien documentées afin que les résultats obtenus soient reproductibles par des experts indépendants.
Évoquant le racisme anti-asiatique qui a pu être observé dans certains pays avec l'arrivée du SARS-CoV-2, les auteurs rappellent « qu’au début de la pandémie, ce sont des médecins, des scientifiques, des journalistes et des citoyens chinois qui ont partagé avec le monde des informations cruciales sur la propagation du virus, souvent au prix d’un coût personnel élevé ». Ils appellent à ce qu'un discours scientifique serein soit encouragé avec la même détermination sur cette question de l'origine du virus.
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