L’OREILLE est silencieuse, explique le comité d’éthique de la SFORL. C’est la grande victime du bruit. 50 % de la population se plaint de nuisances sonores. Mais tant qu’elle fonctionne, elle ne « fait pas de bruit ». Jusqu’à se faire oublier, presque. « Lorsqu’est évoquée la crainte des nuisances environnementales pour la santé, l’oreille arrive en fin de liste ». L’insouciance culmine chez les jeunes, qui écoutent la musique à plein volume. Les adultes, eux, attendent souvent les premières difficultés à entendre le téléphone ou la télévision pour s’inquiéter. Quant à l’enfant, il ne se plaint jamais de son audition. « On ne prend donc jamais trop de précaution pour sauvegarder son audition et pour s’inquiéter de sa dégradation », écrit le comité d’éthique, qui appelle les instances sanitaires à « saisir toutes les occasions pour vérifier l’audition, ceci dès la naissance et jusqu’aux âges les plus avancés ».
Évaluer, vérifier, non dépister : le changement de terme n’est pas anodin. « Le mot "dépistage" est très mauvais, il remonte à de nombreuses années, lorsque les instruments étaient grossiers. Il ne faut parler de dépistage d’un handicap, mais d’évaluation de l’audition », explique au « Quotidien », le Pr François Legent. « Il faut changer les mentalités », insiste-t-il. L’idée est ainsi de proposer des vérifications de l’audition tout au long de la vie, lors d’étapes importantes.
Test des nouveaux nés.
Le comité d’éthique de la SFORL réaffirme dans son texte son attachement à « la vérification de bonne audition à la naissance », qui doit s’inscrire dans le check-up néonatal. Sous d’autres termes, il demande de ne pas réouvrir la polémique sur le « dépistage néonatal automatique de la surdité », qui avait pris fin dans l’entre-deux tours des élections présidentielles. Un arrêté en date du 23 avril signé par le ministre de la Santé d’alors, Xavier Bertrand, rend obligatoire, d’ici 2 ans, l’évaluation des nouveau-nés dès les premiers jours de leur vie à la maternité. Mais l’ancienne opposition, le parti socialiste, s’était opposée à ce projet, en dénonçant dans un communiqué « la volonté de favoriser la pose d’implants cochléaires par chirurgie dès les premiers mois de la vie ». Quelques associations de sourds (La Fédération nationale des sourds de France et l’Union nationale pour l’insertion sociale du déficient auditif ) protestaient aussi vigoureusement au nom de la spécificité de l’enfant malentendant.
« Nous sommes inquiets et redoutons que le ministère de la Santé socialiste revienne en arrière », explique le Pr Legent. Début octobre, des parents d’enfants malentendants, des professionnels de l’enfance (comme Brigitte Chabrol, présidente de la Société Française de pédiatrie) et de la déficience auditive, ont écrit au Président de la République, à Marisol Touraine et à Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux personnes handicapées pour leur demander « au nom de l’égalité d’accès aux chances et de la réduction des inégalités sociales, de ne pas abandonner la mise en place du dépistage néonatal de la surdité congénitale ». L’arrêté est passé sous la précédente majorité, soit. « Nous espérons que chacun est bien conscient que les bébés sourds ne votent ni à droite ni à gauche », écrivent-ils, appelant à la mise en place de mesures justes et utiles.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024