Les moyens du raisonnement

Surdité brutale chez un enfant de 6 ans

Publié le 17/05/2011
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Crédit photo : DR

Examen

Le médecin consulté constate l’absence de bouchon de cérumen. Le tympan lui semble normal. L’examen clinique est par ailleurs normal, il n’y a en particulier aucun signe neurologique déficitaire. Il l’envoie donc à un confrère ORL.

Celui-ci vérifie les tympans : ils sont normaux. L’impédancemétrie (qui permet de vérifier qu’il y a bien de l’air dans la caisse du tympan et que sa pression est celle de la pression atmosphérique) est normale. Il ne s’agit donc ni d’une otite séreuse, ni d’un catarrhe tubaire. Lorsqu’il met un diapason 512 Hz en vibration sur le front, l’enfant localise le son à droite.

L’ORL lui fait un audiogramme tonal (avec des sons de diverses fréquences). L’enfant entend tout à fait bien à droite. À gauche elle n’entend pas, même lorsque le son est très intense, au-dessus de 90 dB, et ce quelle que soit la fréquence testée (figure 1).

C’est cela qui est anormal et qui doit attirer l’attention.

Le cheminement du raisonnement

Lorsque l’on n’entend plus rien d’une oreille (cophose) et que l’on vous fait entendre de ce côté-là un bruit, vous entendez effectivement un bruit, s’il est supérieur à 60-70 dB : c’est ce que l’on appelle la courbe fantôme (figure 2). Il s’agit d’une réponse de l’oreille controlatérale qui est sollicitée par voie transcranienne (par voie osseuse). Cette sensation disparait lorsque l’on assourdit la bonne oreille, c’est-à-dire lorsque l’on fait entendre un bruit parasite à la bonne oreille pendant que l’on teste l’autre oreille. L’absence de courbe fantôme est le signe de ce qui est pudiquement appelé une pseudo-hypoacousie.

Il est en effet très facile pour tout un chacun de mimer une cophose unilatérale : il suffit de maintenir que l’on n’entend rien d’un côté, même les sons très intenses. Chez l’adulte il s’agit d’une simulation, chez l’enfant on parle de pseudo-hypoacousie… Certains enfants vont jusqu’à se faire hospitaliser et se faire faire des examens plus ou moins compliqués voire anxiogènes (type IRM) car ils soutiennent qu’ils n’entendent rien d’un côté. Il est important d’en faire le diagnostic de pseudo-hypoacousie avant d’aller jusque-là. Il existe des méthodes d’audiométrie comportementale et d’audiométrie objective (otoémissions provoquées, enregistrement des potentiels évoqués auditifs et stationnaires) qui permettent d’obtenir les vrais seuils. Ces pseudo-hypoacousies sont aussi fréquentes chez les garçons que chez les filles, avec deux pics d’âge : 5-7 ans et la préadolescence.

Il importe alors de discuter avec la maman pour essayer de comprendre pourquoi l’enfant a fait cela, de manière à éviter que cela ne se reproduise, et surtout qu’il ne simule des symptômes dont la réalité est beaucoup plus difficile à vérifier comme des douleurs abdominales ou des céphalées. Quelquefois la maman est déjà au courant de l’existence de problèmes personnels concernant son enfant (séparation, deuil) ou de difficultés à l’école (difficultés scolaires, problèmes avec l’instituteur ou avec d’autres enfants). Dans les autres cas il faut conseiller un entretien avec un psychologue.

Dr MARTINE FRANÇOIS ORL, hôpital Robert Debré, Paris
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Source : Le Quotidien du Médecin: 8964