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RIC, la téléconsultation en quête de standards

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Publié le 31/05/2024
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On pourrait croire que la rhumatologie se prête peu à la téléconsultation. À tort, estime le Pr Jérôme Avouac. Au contraire, utilisée de manière appropriée, notamment dans le cas des rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC), elle permet un suivi rapproché. À la condition de définir des « drapeaux rouges » qui imposent une consultation en présentiel.

En France, la téléconsultation peine à s'implanter en rhumatologie

En France, la téléconsultation peine à s'implanter en rhumatologie
Crédit photo : GARO/PHANIE

Contrairement à d’autres pays comme le Royaume-Uni, ou à d’autres disciplines comme la cardiologie ou la diabétologie, en France, la téléconsultation peine à s'implanter en rhumatologie. Comme dans de nombreuses spécialités, son intérêt est avant tout de « pallier un problème aigu de démographie médicale, reconnaît le Pr Avouac. Mais elle peut aussi apporter un réel soutien. Et, si certains confrères doutent de son utilité en raison de l’absence d'examen clinique, d'autres ont poursuivi l'initiative post-épidémie de Covid-19 et continuent de la proposer, en milieu libéral comme hospitalier ».

Suivi rapproché

Si elle peut, à l’occasion, aiguiller le patient avant d’organiser un rendez-vous en présentiel ou l’adresser à un confrère d’une autre discipline, la téléconsultation s’avère surtout utile pour le suivi de maladies rhumatismales inflammatoires chroniques (RIC), en particulier la polyarthrite rhumatoïde (PR), la spondylarthrite ou le rhumatisme psoriasique. « Cela permet d'alterner les visites en présentiel et à distance, précise le rhumatologue, évitant ainsi les longs trajets pour les patients éloignés, avec parfois même un suivi plus rapproché qu’au moyen de consultations réalisées uniquement en présentiel. » Outre un parcours de soins sans rupture, c’est également un bon moyen d’éviter les renouvellements d’ordonnances « sauvages », en s’appuyant sur des examens du patient chargés sur la plateforme de téléconsultation. « La téléconsultation permet d’échanger avec le patient et de l’interroger précisément (douleur, fatigue, troubles du sommeil, articulations douloureuses ou gonflées, réveils nocturnes, dérouillage matinal, etc.), de vérifier la tolérance au traitement et le renouveler si nécessaire, ajoute-t-il. En rhumatologie, bien que l'examen clinique soit limité, il pose peu de problèmes pour les patients dont les maladies sont bien contrôlées et en faible activité inflammatoire. »

Les limites de l'examen clinique posent peu de problème pour les patients dont la maladie est bien contrôlée

Pr Jérôme Avouac

Identifier les « red flags »

Un travail devra cependant être mené dans la PR (ainsi que dans d’autres pathologies rhumatismales) pour que, lors de la téléconsultation et en amont, on puisse administrer au patient des questionnaires et repérer les « red flags » signalant la nécessité d’une consultation en présentiel. « La Société française de rhumatologie pourrait piloter des recherches en ce sens, suggère le Pr Avouac, et il serait intéressant de s'inspirer de critères déjà établis dans d'autres pays, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni ou le Canada, pour développer des standards en téléconsultation en rhumatologie (1). »

D’ores et déjà, une étude ponctuelle menée par le Pr Avouac pendant la pandémie avait identifié dans la PR deux warnings en téléconsultation pour un adressage en présentiel : les poussées de la maladie rapportées par les patients et l’augmentation des valeurs de CRP (2).

Une autre étude portée par le Pr Jérôme Avouac avec deux confrères de l’hôpital Cochin – Ana Molto et Yannick Allanore – concernait les personnes atteintes de PR (3) : « Notre objectif était de déterminer les indicateurs nécessitant une consultation présentielle et nous avons ainsi défini et validé le score RAID, un outil rapide qui peut faciliter le tri des patients entre consultation en présentiel ou à distance ».

Le score RAID, un outil de tri pertinent

63 patients (51 femmes, 81 %) ont été inclus, avec un âge moyen de 50 ± 14 ans et une durée de la maladie de 11 ± 9 ans. Les patients ont reçu par e-mail le questionnaire RAID à remplir la veille de leur téléconsultation, ce qui a permis d’établir pour chacun un score RAID qui s’est avéré bien corrélé à l’EVA globale patient (r = 0,55, p < 0,001), au nombre de synovites (r = 0,50, p < 0,001) et au score d’activité de la polyarthrite rhumatoïde DAS28-CRP (r = 0,74, p < 0,001). Le score RAID en sept questions était significativement plus élevé chez les patients ayant rapporté la survenue d’une poussée intercurrente (5,21 ± 1,98 contre 2,61 ± 1,80, p < 0,001) et chez ceux ayant une indication à une consultation présentielle à la suite de la téléconsultation (5,18 ± 1,77 contre 2,58 ± 1,42, p < 0,001).

« Par conséquent, résume le Pr Avouac, le score RAID est un outil pertinent en téléconsultation, associé avec les paramètres d’activité de la maladie. En particulier, un seuil inférieur à 2 pourrait être utilisé en téléconsultation comme critère de rémission de la PR, tandis qu’un score supérieur à 2 suggère une activité accrue de la maladie ou des problèmes de santé, ce qui impose une consultation en présentiel. »

Quelques mois à peine après sa publication en décembre 2023, le score RAID est déjà utilisé dans certains essais et, en pratique clinique, dans certains centres rhumatologiques français.

1. England BR et al. Arthritis Care Res (Hoboken) 2021 Dec 10;73(12): 1809–1814
2. Avouac J et al. J Rheumatol. 2022 Nov;49(11):1269-1275
3. Avouac J et al. Rev Rhum Ed Fr. 2021 Dec; 88: A159

Hélène Joubert, d’après un entretien avec le Pr Jérome Avouac (service de rhumatologie, hôpital Cochin, Paris)

Source : Le Quotidien du Médecin