La lomboradiculalgie aiguë par hernie discale (LRAHD) est un motif fréquent de consultation ou d’hospitalisation. « Elle provoque des douleurs souvent très intenses, difficiles à prendre en charge. L’évolution est généralement positive et la hernie se résorbe en une ou deux semaines. En attendant, pour soulager les patients, il est classique de recourir à des antalgiques anti-nociceptifs et des anti-inflammatoires, parfois des opioïdes à fortes doses, ce qui peut entraîner des problèmes de tolérance », explique le Dr Vincent Ducoulombier (hôpital Saint-Philibert, Lille). Les antalgiques anti-nociceptifs agissent sur la douleur inflammatoire provoquée par la compression de la racine nerveuse par la hernie discale. Toutefois, surviennent aussi rapidement des altérations nerveuses fonctionnelles et histologiques, aboutissant à une hyperexcitabilité de la racine nerveuse.
Une douleur d’origine mixte
« Ainsi, la douleur apparaît mixte, à la fois par excès de nociception mais aussi neuropathique, suggérant l’intérêt du recours à des antalgiques neurotropes. La gabapentine est un antalgique neurotrope recommandé en première intention dans les douleurs neuropathiques. C’est une molécule que l’on connaît depuis longtemps, facile à titrer et bien tolérée » ajoute le spécialiste. « Il était donc logique de l’évaluer dans la lombosciatique par hernie discale en complément aux traitements conventionnels. »
L’étude Grade est une étude multicentrique contrôlée randomisée vs placebo qui visait à évaluer l’efficacité de la gabapentine, associée aux antalgiques habituellement prescrits dans la LRAHD, pour soulager plus rapidement les patients. Elle a inclus 144 patients adultes hospitalisés pour LRAHD évoluant depuis moins de trois mois. La gabapentine était administrée per os à la posologie de 300 mg à J1, 600 mg à J2, 900 mg à J3, puis était interrompue. Le critère de jugement principal était l’évolution de l’EVA-douleur radiculaire entre J1 et J4. Des antalgiques anti-nociceptifs étaient prescrits en association mais ils ne devaient pas être modifiés durant cette période.
Pas de bénéfice significatif sur la douleur
Les résultats ont montré une diminution de l’EVA douleur radiculaire entre J1 et J4, mais sans différence significative entre les deux groupes. L’analyse multivariée confirmait ces résultats. Il n’y avait pas de différence en termes de tolérance.
Cette étude ne plaide donc pas en faveur de l’utilisation de la gabapentine dans la LRAHD. La méthodologie rigoureuse rend particulièrement valide ce résultat. « Une posologie plus importante aurait probablement eu un impact négatif sur la tolérance. Un traitement plus prolongé aurait peut-être permis d’observer une meilleure efficacité, mais l’objectif était d’identifier un traitement susceptible de soulager rapidement ces patients présentant des douleurs aiguës intenses. Nous avons eu une réponse à une question que nous étions nombreux à nous poser. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire des antalgiques neurotropes dans cette indication, les recherches vont continuer », conclut le Dr Vincent Ducoulombier.
D’après un entretien avec le Dr Vincent Ducoulombier (hôpital Saint-Philibert, Lille)
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