La recherche de traitements dédiés toujours d’actualité

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Publié le 06/11/2020
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S’il semble désormais acquis qu’il n’y aura pas de traitement universel du Covid-19, les études se poursuivent afin de faire émerger de nouvelles possibilités thérapeutiques mais aussi de mieux cerner les patients à même de bénéficier de chaque molécule.


Effets délétères de l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine, inefficacité de l’association lopinavir-ritonavir, suspension pour des raisons de sécurité des essais menés avec l’anakinra... Ces dernières semaines, de nouvelles données négatives concernant plusieurs candidats médicaments du Covid-19 sont tombées coup sur coup, éloignant encore l’espoir de disposer d’un traitement universel. Cependant, pour le moment, parmi les antiviraux en lice depuis la première vague, seuls deux ont été définitivement écartés. Il s’agit d’abord de l’hydroxychloroquine, sans doute le candidat médicament le plus médiatisé de la première vague, et qui, d’après le Pr Xavier Lescure (hôpital Bichat, Paris) « pourrait être celui dont on parlera le moins pendant la seconde vague ». L’association lopinavir-ritonavir est elle aussi concernée, les résultats préliminaires de l’essai Solidarity publiés mi-octobre ayant assis son incapacité à réduire la mortalité comme le temps de guérison associés au Covid-19.

Pour le reste, les résultats des essais cliniques semblent moins clairs. Pour le remdésivir, « l’étude Solidarity a trouvé qu’il ne réduisait pas directement la mortalité liée au Covid-19, quand les essais ACTT-1 de Gilead ont montré qu’il pouvait avoir un effet bénéfique sur la progression de la maladie », résume le Pr Lescure. En fait, l’effet antiviral du remdésivir pourrait n’être bénéfique qu’au début de la maladie, pendant sa première phase virale, alors que la plupart des essais ont été menés sur des patients recrutés tardivement, explique-t-il. Autre médicament identifié dès le début de la première vague autour duquel les études ne s’accordent pas, pour les mêmes raisons que le remdésivir : l’interféron IFN β, potentiellement utilisable en nébulisation dès la phase précoce de la maladie.

Nouvelles molécules

Au-delà de ces stars de la première vague, d’autres antiviraux suscitent l’intérêt des chercheurs et pourraient être repositionnés. « C’est par exemple le cas du favipiravir (Avigan) », probablement modérément efficace contre le SARS-CoV-2 mais moins toxique que le remdésivir, explique Bruno Canard (directeur de recherche CNRS à l’Université d’Aix-Marseille). De nouvelles molécules sont par ailleurs développées, à l’instar d’anticorps monoclonaux ciblant la protéine Spike du SARS-CoV-2, qui pourraient « casser la charge virale », indique le Pr Yazdan Yazdanpanah (hôpital Bichat, Paris).

Des biothérapies prometteuses

Cependant, les progrès thérapeutiques récents concernent surtout les immunomodulateurs à utiliser pendant la seconde phase, inflammatoire, de la maladie. Parmi ces médicaments, ceux dont l’efficacité est la mieux documentée sont les corticoïdes, utilisés chez les patients oxygéno-requérants à l’hôpital. « L’efficacité de la dexaméthasone est telle que nous avons pu la palper cliniquement auprès des patients », témoigne le Pr Lescure. Des biothérapies immunomodulatrices pourraient aussi s’avérer efficaces. Bien que les essais conduits avec l’anakinra aient été suspendus pour raison de sécurité, certaines études portant sur des anti-IL-6 comme le tocilizumab ont montré des résultats plutôt encourageants. De nouvelles investigations doivent cependant confirmer cette efficacité. Mais l’IL-6 n’étant sans doute pas la cytokine la plus impliquée dans la tempête cytokinique du Covid-19, d’après le Pr Lescure, les résultats d’essais concernant les anti-TNF α semblent les plus attendus.


Source : lequotidiendumedecin.fr