Parmi les scenarii en vogue pour le futur de la planète, celui de l’effondrement systémique est l’un des plus commentés. Il a même ses spécialistes, les collapsologues. Voici comment ils voient le système de soins post-effondrement.
« Le système climatique global, de nombreux écosystèmes ou de grands cycles biogéochimiques de la planète ont quitté la zone de stabilité que nous leur connaissions, annonçant le temps de grandes et brusques perturbations. » Voilà ce qu’écrivaient Pablo Servigne et Raphaël Stevens en 2015 dans Comment tout peut s’effondrer, l’ouvrage-phare de la collapsologie française. « Il s’agit d’un processus irréversible, comme la fin du monde, certes, sauf que ce n’est pas la fin !, expliquaient-ils dans un autre passage. La suite s’annonce longue, et il faudra vivre, avec une certitude : nous n’avons pas les moyens de savoir de quoi elle sera faite. »
On peut tout de même essayer de prévoir à quoi cette suite ressemblerait, notamment pour les professionnels de santé. « En cas d’effondrement systémique et mondial, le type d’accès aux soins que nous avons ne pourrait plus être maintenu », déclare l’une des voix qui comptent le plus dans la galaxie collapsologique nationale : celle d’Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement et président de l’institut Momentum. L’ex-militant estime notamment que « la médecine très technologique, la fuite en avant médicamenteuse, tout ceci disparaîtrait ».
Dans un tel monde, les médecins devraient donc, selon Yves Cochet, agir non pas en « hyper-spécialistes de telle ou telle maladie », mais en « conseillers de la vie bonne » qui axeraient leur message sur les facteurs environnementaux : « le fait de bouger beaucoup, de ne pas fumer, de manger des fruits et légumes, de rire et de dormir, etc. ». Et quand on lui demande si dans un tel monde, il faudra apprendre à se passer de chimiothérapie, il répond par l’affirmative… en ajoutant qu’avec moins de facteurs d’exposition, « il y aura moins de cancers ».
Faire preuve de techno-discernement
La vision de Philippe Bihouix, ingénieur que l’on classe souvent parmi les collapsologues mais qui s’en défend, est moins radicale. Auteur en 2014 d’un essai remarqué intitulé L’âge des low-tech, celui-ci appelle à « faire preuve de techno-discernement, à se poser la question de l’utilité de certains services, et à voir comment on peut se passer de certains d’entre eux de la manière la moins impactante pour l’environnement, et maintenir les autres en consommant le moins de ressources possible. »
Appliqué à la santé, ce techno-discernement conduit Philippe Bihouix à constater qu’avec « des choses assez simples comme des vaccins, des antibiotiques ou une bonne alimentation, une grande partie du chemin est déjà réalisée en termes de gains d’espérance de vie ». Faut-il apprendre à se passer du reste ? Pas forcément, répond l’ingénieur, qui pense justement qu’on peut éviter l’effondrement, ou en atténuer les effets, « en consacrant les ressources limitées au bon endroit ». « Nous avons un acquis, ce sont les connaissances, estime-t-il. Nous devons pouvoir innover dans une médecine plus sobre technologiquement et plus douce dans ses pratiques environnementales. »
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