La régulation de l’installation des médecins : une fausse solution qui met en péril notre système de santé. La proposition de loi de Guillaume Garot (député de Mayenne, NDLR), visant à obliger les jeunes médecins à s'installer dans des déserts médicaux, est une erreur grave qui fragilise encore davantage notre système de santé. Cette mesure n'est qu'une fausse réponse à une crise bien plus profonde, celle de la dégradation des services publics et des conditions de travail des soignants dans ces zones.
Guillaume Garot et ses soutiens veulent envoyer les jeunes médecins dans des territoires où, soyons clairs, même eux n'iraient sans doute pas habiter. Des zones dévastées par des décennies de désengagement politique, où il n'y a ni école, ni maternité, ni services publics. Et on leur demande de s’y installer, sans aucune prise en compte des conditions de vie et de travail. Un pari voué à l'échec.
Mais, posons la question : ceux qui imposent cette loi sont-ils prêts à vivre dans ces conditions ? Sont-ils prêts à installer leur propre famille dans ces zones oubliées ? C'est facile d'imposer des décisions quand on ne les subit pas soi-même. Leur déconnexion de la réalité est flagrante.
L’exemple de l’Allemagne
Ce type de régulation a déjà échoué ailleurs. L'Allemagne a tenté la même approche, et les résultats sont là : plusieurs jeunes médecins ont fui vers des pays voisins, attirés par de meilleures conditions de vie et de travail. Vouloir reproduire ce modèle en France, c'est se condamner à l'échec, et pire, c'est précipiter encore plus la fuite des talents.
Le véritable problème n’est pas l’installation des médecins, mais la dégradation des services publics dans nos territoires ruraux
Le véritable problème n’est pas l’installation des médecins, mais la dégradation des services publics dans nos territoires ruraux. C’est là qu’il faut agir. Il est urgent de réformer en profondeur ces zones, en y apportant les infrastructures nécessaires pour les rendre attractives. Les jeunes médecins ne sont pas des pions qu'on déplace à notre guise, mais des professionnels qui méritent des conditions de travail et de vie décentes.
La coercition ne résoudra rien. Elle ne fera que déplacer la crise. Au lieu de contraindre les médecins à aller là où on leur dit, il faut repenser le modèle d’attractivité des territoires. Il est indispensable de soutenir l’installation des soignants en investissant massivement dans les infrastructures, en offrant des incitations réelles et en reconstruisant une offre de soins qui attire les jeunes médecins au lieu de les en chasser.
Le système de santé a besoin de réformes ambitieuses, pas de mesures coercitives qui l'enfoncent davantage. La régulation de l’installation est un miroir aux alouettes. Cela ne fait que masquer les véritables enjeux : la dégradation des conditions de vie, de travail et des services publics dans ces territoires.
Une voie fondée sur l'unité, la solidarité et l'innovation
Mais il existe encore une voie. Une voie fondée sur l'unité, la solidarité et l'innovation. Une véritable réforme territoriale, repensée de manière intelligente, peut redonner de l’attractivité à ces territoires. Une révision des politiques publiques, qui met les soignants et leurs conditions de travail au centre, peut inverser la tendance. Nous pouvons encore reconstruire notre système de santé sur des bases solides et humaines. Il est encore temps de faire les bons choix pour l'avenir de la médecine en France.
Vous souhaitez vous aussi commenter l'actualité de votre profession dans Le Quotidien du Médecin ?
Adressez vos contributions aurelie.dureuil@gpsante.fr
Aptitude physique
Appendicite aiguë : l’évolution des pratiques
Trop d’inégalités sociales en ce qui concerne les études médicales ?
« Soigner sans blesser la planète », conforme au serment d’Hippocrate ?