Une thèse primée par l'Ordre des Hauts-de-Seine

Le remplaçant, médecin comme les autres pour les patients ?

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Publié le 02/07/2018
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these remplacant

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Crédit photo : PHANIE

Comme tout jeune médecin, le Dr Claire Konzelmann, 31 ans, a commencé sa carrière en tant que remplaçante. Cette expérience (un an et demi) lui a donné l'idée d'en faire le thème de sa thèse de DES de médecine générale. Avec un fil rouge : la perception et la représentation du médecin remplaçant par les patients.

« Façonner sa propre identité et se positionner dans une relation déjà instaurée entre un patient et son médecin habituel peut poser des difficultés quand on est remplaçant, surtout quand on débute », confie-t-elle au « Quotidien ». Soutenue en mars 2017, sa thèse a non seulement conquis le jury mais aussi l’Ordre des médecins des Hauts-de-Seine qui lui a décerné le prix Jean-Claude Leclercq (du nom de l'ancien président décédé en 2014).

Pour ce travail, l’ancienne interne de Paris Diderot a mené une enquête qualitative, contrairement aux études existantes – quantitatives – sur les remplaçants. Entre juin et décembre 2016, elle s’est appuyée sur un guide d’entretien et un guide d’observation pour la salle d’attente afin d'interroger huit patients de tout âge.

Jeu de miroir

Résultat ? L’étude a mis en évidence plusieurs visions schématiques du remplaçant, qui semblent étroitement liées à la perception que les patients ont de leur médecin habituel, comme un jeu de miroir. Si le patient éprouve « une relation exclusive » avec le praticien remplacé avec qui il a tissé un lien très étroit (estimé comme le médecin de famille, présent dans les périodes de difficultés), alors le remplaçant, considéré comme un autre médecin, ne peut répondre à ce « besoin relationnel ». « Je suis malade, j'ai besoin de MON médecin », témoigne un malade. Dans cette hypothèse, le remplacé ne peut pas avoir de substitut équivalent, analyse la thésarde.   

En revanche, si le patient juge « utilitaire » sa relation avec le praticien remplacé, alors le fait de consulter un remplaçant n’est pas problématique. En tant que personne de confiance du médecin remplacé, le remplaçant est jugé, lui aussi, apte à répondre à tous les problèmes. Ce modèle fonctionnel s’applique pour les malades qui consultent peu fréquemment. « C'est quelqu'un qui prend le relais quand le Dr A n'est pas là pour couvrir les besoins », résume un patient.  

La fréquence des consultations joue dans la façon de percevoir le remplaçant. Plus les rendez-vous sont réguliers (jours fixes et périodes de vacances scolaires), plus se tissent de nouveaux liens. Dans ce cas, le remplaçant n’est plus désigné comme tel mais plutôt comme un « associé » du praticien habituel, formant une relation triangulaire équilibrée.

Bonne image

D'une façon générale, la relation avec le remplaçant est vécue par le patient comme « dynamique », donc enrichissante « Le remplaçant, souvent jeune, pouvait apporter un œil neuf à une situation médicale. De l'autre côté, les patients appréciaient de pouvoir contribuer à l'amélioration de son expérience et de ses connaissances », reconnaît la jeune thésarde.

Le Dr Claire Konzelmann est affirmative. « Les patients ont une image plutôt positive du remplaçant » et se montrent pragmatiques. « Les doutes que les remplaçants peuvent avoir sont fréquents, mais les patients savent s'adapter au médecin face à eux », souligne-t-elle. « Il faut savoir rassurer le patient quant à la légitimité du remplaçant et affirmer que la pratique de la médecine apprise est la plus juste, dans l'intérêt du patient », conclut la généraliste qui exerce désormais comme salariée au centre de santé de la Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine).

L’Ordre recense 12 000 médecins remplaçants, toutes spécialités confondues, incluant les retraités. Il y aurait entre 3 000 et 4 000 remplaçants généralistes pour 60 000 généralistes installés. 

 

Loan Tranthimy

Source : Le Quotidien du médecin: 9678