À l'hôpital, la colère des soignants ne retombe pas et la crise du coronavirus pourrait même avoir attisé la grogne, plaçant le gouvernement au pied du mur.
Ce mardi 16 juin, blouses blanches et citoyens sont invités à battre le pavé à l'appel d'une dizaine de syndicats et collectifs (CGT, FO, SUD, UNSA, AMUF, collectifs inter-urgences, inter-hôpitaux, inter-blocs, Printemps de la psychiatrie et coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité).
Mobilisés pour certains depuis plus d'un an, les soignants veulent « accroître la pression » sur l'exécutif en rappelant leurs revendications essentielles : revalorisation générale des salaires à l'hôpital (et non pas saupoudrage de primes), recrutements massifs, hausse du budget hospitalier, arrêt des fermetures de lits et de services. À Paris, un rassemblement est prévu à 13H devant le ministère de la Santé avant de s'élancer en direction des Invalides ; des manifestations sont prévues dans de nombreuses villes.
« Le futur n'est pas Ségur »
Depuis la fin du confinement, plusieurs rassemblements ont eu lieu notamment lors des « mardis de la colère » organisés par la CGT ou des « jeudis colère » du collectif inter-hôpitaux (CIH). « Après les applaudissements, c'est dans la rue que ça se passe », a tonné Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT lors d'une action à l'hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).
Forts d'une crise qui a porté aux nues les soignants, les organisateurs espéraient obtenir le renfort de nombreux citoyens. « La présence des usagers est très importante car les hospitaliers sont fatigués après trois mois très difficiles », confie le Dr Anne Gervais (CIH).
Cette mobilisation intervient alors que débute la quatrième semaine de travail du Ségur de la santé, concertation très contestée. « Le futur n'est pas Ségur », résume le collectif inter-urgences, exclu des travaux. La semaine dernière, 28 organisations infirmières, profession concernée au premier chef, dénonçaient leur marginalisation. L'Union syndicale de la psychiatrie (USP), qui a déposé un préavis de grève, veut faire du 16 juin un « contre Ségur ».
Entre deux eaux
Du côté des syndicats de praticiens hospitaliers, le compte n'y est pas. Mais aucun (hormis les urgentistes de l'AMUF) n'appelle à faire grève aujourd'hui. Pour le Dr Rachel Bocher, présidente de l'Intersyndicat national des PH (INPH), « il y a une ambition affichée du gouvernement mais on est encore entre deux eaux ». Selon la psychiatre, l'exécutif va devoir « sortir rapidement quelques milliards »...
Le Dr Anne Gervais (CIH) attend beaucoup de cette séquence mais reste prudente. « On craint que le gouvernement s'arrête à la question des salaires alors que ce sont les conditions de travail dans leur ensemble qu'il faut revoir », confie le praticien de Bichat.
« Il y a une volonté politique mais une absence totale de cadre méthodologique », s'agace Jacques Trévidic, président de l'intersyndicale Action praticiens hôpital (APH). « On attend des dates, certaines réunions sont repoussées, d'autres annulées… Ça devient un peu lourd, on se demande si c'est de la totale désorganisation ou de la provocation », poursuit le syndicaliste.
L'ombre d'un doute
Vendredi dernier, onze syndicats représentant les PH, médecins libéraux, jeunes et internes ont épinglé une organisation « chaotique » (avec le report à la dernière minute d'une première session de synthèse prévue le 11 juin). « Le manque de considération vis-à-vis des organisations professionnelles de la santé laisse planer un doute sur les objectifs réels du gouvernement et les engagements du président de la République », écrivent-ils. Nicole Notat, qui pilote les travaux, a présenté ses excuses et promet de respecter un calendrier précis de concertation.
Le gouvernement a trois semaines pour convaincre. Pour le Dr Thierry Godeau, à la tête de la conférence nationale des présidents de commission médicale d'établissement (CME) des centres hospitaliers, « l'intention est là, il faut passer aux actes ».
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