LE QUOTIDIEN - Quel est le principal enjeu de ces élections ?
PHILIPPE BLUA - La reconnaissance des personnels hospitaliers. Pour les directeurs d’hôpital, il s’agit d’appliquer le protocole statutaire signé cet été. L’enjeu, pour les D3S [directeurs d’établissements sanitaires et sociaux], est la mise en œuvre d’une prime de fonction et de résultat. Les directeurs de soins attendent d’être traités à égalité avec les deux autres corps de direction. Les cadres, soumis à de fortes exigences, sont les plus mal à l’aise. Il faut reconnaître leurs efforts autrement que par le système actuel de notation. Les médecins manquent également de reconnaissance. Il y a pourtant des raisons d’être optimiste : les moyens de l’hôpital progressent chaque année, son activité n’est pas délocalisable. Peu de secteurs peuvent en dire autant. La démobilisation s’explique par le trop-plein d’injonctions qui viennent d’en haut, et le manque de liberté sur le terrain.
Votre syndicat critique la loi HPST après l’avoir portée. N’est-ce pas bancal comme positionnement ?
Je maintiens que les hôpitaux doivent coopérer, qu’il fallait renforcer la gouvernance des hôpitaux, et passer des ARH aux ARS. Le SMPS ne critique pas la loi mais sa mise en œuvre. Je note trois erreurs fondamentales. Première erreur, le discours. L’objectif premier de la loi est d’améliorer l’accès aux soins et de créer des filières coordonnées, or on n’a parlé que de droit et de finances. Ce décalage nourrit le divorce entre les professionnels et le ministère de la Santé. Deuxième erreur, la création d’ARS mastodontes. Les DG d’ARS s’occupent de gérer leur boutique avant de gérer la santé. Les ARS se sont éloignées des hôpitaux sans se rapprocher de la médecine de ville et du médicosocial. Il y a eu des erreurs de casting. Je viens d’écrire à la directrice générale de l’ARS des Pays-de-la-Loire pour lui dire que les directeurs d’hôpital ne sont pas gérés de façon respectueuse. Des ARS font leur travail correctement mais l’ambiance générale est dégradée. Troisième erreur, le manque de reconnaissance. Pour les médecins en particulier, il reste de gros efforts à faire. Je suis favorable à la mise en place d’une rémunération individualisée, mais les syndicats de PH sont réticents. Rien n’est fait pour les PH, troublés de voir les revenus des intérimaires et des contractuels augmenter.
Au printemps, vous parliez de divorce entre les directeurs d’hôpital et le ministère de la Santé. La situation s’améliore-t-elle ?
Le protocole statutaire signé cet été a apaisé le climat, indéniablement. Mais il reste un profond malaise car l’administration veut tout régenter. Un DG d’ARS a fait le calcul, les ARS ont reçu 300 directives en un an. Aujourd’hui on n’administre plus un hôpital, on le gère. On parle de moins en moins le même langage que le ministère de la Santé qui doit laisser des marges de manœuvre aux gestionnaires de terrain. Être directeur d’hôpital, c’est faire un métier difficile. Il n’y a qu’à voir le peu d’engouement suscité auprès des gens issus du privé - sur la vingtaine de candidats à ce jour, deux seulement ont été retenus.
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