« Nous n’avons pas été à la hauteur. » Dans la bouche du patron de la CUMP 75 au SAMU de Paris, le Pr Didier Cremniter, qui est aussi le référent urgence psychiatrique pour l’Île-de-France et pour l’ensemble de la France, cet aveu confié au « Quotidien » sonne comme un constat d’échec.
Et il recoupe les mises en cause exprimées en off par plusieurs chefs de service. À la différence du Nord, ou du 93, souvent cités en exemple, Paris serait « l’un des points noirs » du dispositif national de prise en charge des personnes psycho-traumatisées, « le parent pauvre dévalorisé à la fois par la communauté hospitalo-universitaire » et le SAMU de la capitale.
Le Pr Cremniter exprime ses propres interrogations sur l’intervention de sa cellule : « N’aurions-nous pas dû mobiliser d’autres CUMP régionales, comme celles du Nord et du Centre, compte tenu de l’ampleur des événements, survenus de manière quasi concomitante sur quatre sites, avec une intensité de souffrance sans précédent ? » De fait, pour la première fois dans son histoire, la CUMP a observé parmi la quarantaine de médecins psychiatres, psychologues et infirmiers mobilisés, via le SAMU 75 et l’EPRUS, des cas d’épuisement, avec plusieurs volontaires et permanents qui ont été relevés pour 24 heures et, parfois, retirés carrément du dispositif d’intervention. Trop de souffrance a eu raison de leur professionnalisme, faute d’une structure ad hoc.
Dans le même temps, des tensions entre services ont compliqué la prise en charge des quelque 200 personnes traumatisées, transportées dès le premier jour, à l’Hôtel-Dieu : « On a improvisé des réglages pour mettre au point un modèle médico-psychologique inédit, en associant la CUMP et les urgences psychiatriques hospitalières », explique encore le Pr Cremniter, pointant, entre ces deux cultures, un manque de cohérence – pour ne pas dire, selon un chef de service qui s’exprime sous le sceau de l’anonymat, « une concurrence déclarée, lourde de conséquences pour le suivi ultérieur des victimes, les questions de traçabilité conditionnant l’imputabilité des pathologies dans le travail d’expertise judiciaire ».
Vingt ans d’améliorations
Proposé par la nosographie américaine depuis 1980 à partir des enseignements tirés de la guerre du Vietnam (1964-1973), l’état de stress post-traumatique (ESPT) a fait l’objet en France d’une politique nationale au plus haut niveau, à la suite de l’attentat du 25 juillet 1995, à la station RER Saint-Michel à Paris ; dans tous les départements, les CUMP ont été créées pour assurer les soins psychiques immédiats et post-immédiats des victimes d’attentats et de catastrophes. En vingt ans, au fil tendu des événements dramatiques, les cellules n’ont cessé de faire l’objet d’améliorations : création du comité national et du réseau national de l’urgence médico-psychologique (CNUMP), doté de cellules permanentes et de référents départementaux et « surtout, souligne le Dr Patrice Louville, premier responsable de la CUMP 75, avec le décret du 7 janvier 2013, tout le dispositif a été restructuré, ce sont les ARS (agences régionales de santé) qui encadrent le dispositif et nomment un psychiatre référent régional, chargé de la coordination de l’activité en liaison avec les SAMU. L’EPRUS (établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) anime le réseau national avec deux commissions consultatives, une pour les moyens sanitaires opérationnels, une autre pour la formation des professionnels de santé. C’est une ossature solide, se félicite le Dr Louville. Mais nous déplorons encore de grandes disparités selon les ARS dans la mise en œuvre sur le terrain, avec des moyens humains très inégaux. C’est préoccupant pour la prise en charge de l’urgence comme pour celle du post-immédiat. »
Après les « aveux d’insuffisance » ?
« En juillet 2013, la gestion de l’urgence médico-psychologique de la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge a été lamentable, accuse un membre du CNUMP ; aujourd’hui, après les aveux d’insuffisance de M. Cremniter, il est urgent de revoir une organisation où le politico-médiatique prime sur le médico-psychologique. » Plusieurs PU-PH annoncent une initiative commune pour demander un renforcement des moyens et une réorganisation. « On ne peut plus se contenter à chaque attentat de la formule incantatoire "les membres de la CUMP sont sur place", comme si cela valait quitus pour une bonne prise charge », constate un responsable de l’association de langue française sur le stress et le traumatisme, qui réclame en particulier un maillage resserré des consultations en psychotraumatisme, avec un répertoire national de prise en charge, à l’image de ceux qui existent en addictologie.
Santé des soignants : deux prix pour valoriser l’engagement des blouses blanches pour leurs pairs
Accès aux soins psy : l’alerte de la FHF
Directeur d’hôpital, un « métier exigeant et d’engagement » dont il faut « prendre soin », plaide l’ADH
Padhue : Yannick Neuder promet de transformer les EVC en deux temps