COURVILLE (28)
Dr NOËL TALLET
« Heureux les médecins non performants… ». Merci à nos syndicats médicaux pour cette nouvelle convention médicale. Grâce à eux, me voici rajeuni, ramené au temps insouciant de l’école communale. À cette époque, j’étais gratifié et récompensé chaque mois d’un "bon point" pour bonne conduite et bon travail. Points que ma mère a fièrement conservés… Quelle joie chaque mois de Juin à la distribution des prix : souvent prix d’excellence. Mon maître d’école me remettait, tout enrubanné, un très beau livre avec les compliments du directeur d’école.
Les temps ont passé, mais j’ai conservé mon écriture à la plume et à l’encre. Et j’ai gardé comme livre "Le Lion" de Joseph Kessel.
Vous avez compris que je refuserai d’entrer dans cette convention "super CAPI" (le P4P cela ne s’invente pas) et je serai donc un mauvais médecin non performant.
Je conserve mon stylo-plume, refuse, comme mon coiffeur, d’afficher mes honoraires, et je n’aurai pas à justifier mes prescriptions auprès de Monsieur Van Rœkeghem.
Mes chers confrères, ne vendez pas votre liberté pour une poignée d’euros. Lorsque le C sera toujours à 23 euros dans trois ou quatre ans, il sera trop tard. Nietzsche a écrit : "Dieu est mort, tout est possible". La fin de la médecine libérale est aussi signée. Consternant.
VICHY (Allier-03)
Dr Georges Berthon
Chef de pôle de psychiatrie- Hôpital Jacques Lacarin
Loi dangereuse
La loi du 5 juillet qui régit désormais les hospitalisations sans consentement en psychiatrie crée de nombreux problèmes d’application, notamment en surchargeant sensiblement le travail des soignants, des
Administrations hospitalières et des juges. Mais il y a plus grave que l’application de la loi, c’est la loi tout court.
Je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce texte, dangereux sur le plan idéologique et bâclé dans sa rédaction, vient d’autoriser une pratique de nature à bafouer gravement la dignité des patients : l’audience auprès du JLD (Juges des libertés et de la détention) dans les quinze premiers jours d’hospitalisation, contrairement à ce qui se passe en matière de tutelle, est en effet publique.
Certes le JLD peut décider lui-même que cette audience se déroule en chambre du conseil au cas par cas, mais on aurait préféré que le législateur ait un peu plus d’égard pour tous les patients confondus en leur accordant systématiquement la discrétion qui leur est due.
Voilà des personnes hospitalisées sans leur consentement à cause d’une affection psychiatrique grave, laquelle les prive de la capacité à consentir, mais que l’on peut néanmoins exhiber publiquement devant des voisins, des journalistes, etc. Cette pratique autorisée par la loi est indigne de notre pays. Légalement offert à la curiosité publique, l’exposé oral de données médicales faisant mention, d’idées suicidaires ou de persécution, de pensées délirantes impliquant éventuellement ouvertement des tiers, d’antécédents, autorise des dérives dont on n’imagine pas encore l’étendue possible.
On sait que le patient est le véritable détenteur du secret médical et que c’est à lui d’autoriser sa levée. Mais dans le cas précis, il s’agit d’une personne dont la pathologie la prive justement de la capacité à consentir aux soins et qui se trouve dans un état de vulnérabilité dont elle mesure mal ce qui est de nature à l’aggraver. Exactement comme en matière de tutelle, il faut protéger cette personne qui peut se porter préjudice à elle-même sans le savoir. Il faut empêcher ces dérives avant qu’il ne soit trop tard. Beaucoup de juges d’ailleurs ont la sagesse d’organiser une discrétion autour de ces audiences mais cela reste de l’ordre de l’initiative individuelle.
Pour nous médecins, la déontologie élémentaire nous impose de veiller à la préservation de la dignité de nos patients en faisant tout pour les soustraire à l’exposé public de leur vie intérieure, de leur histoire, de leur intimité psychique désorganisée, toutes choses dont on sait qu’elles feraient rire les uns et développeraient la haine chez d’autres.
Dans notre service, nous avons décidé de demander systématiquement une audience non publique à la fin du certificat conjoint destiné à éclairer le JLD, le procureur et l’avocat.
En s’opposant médicalement à la divulgation manifeste du secret médical de quelqu’un qui n’est pas en état de préserver ce droit, le médecin doit rester le défenseur du patient, surtout lorsqu’il s’agit d’un patient méconnu, ou pire, dont on ne veut rien savoir.
La loi du 5 juillet 2011 révèle au minimum une méconnaissance de ce patient-là, le patient psychiatrique, dont on a souvent voulu faire une exception au genre humain.
Afin de lutter contre cette tentation, toutes nos lois républicaines ont jusque-là cherché à ne pas faire de loi à part pour la psychiatrie, justement dans le but de ne pas stigmatiser les patients. Or l’audience publique d’un patient hospitalisé sans son consentement est une stigmatisation.
NANTERRE (92)
Dr YVES DUMAS
Passage de témoin...
En fin de carrière de médecine générale, j’aimerais transmettre quelques idées en guise de passage de témoin.
La médecine générale est dans une crise évidente dont l’une des causes est la faiblesse de nos syndicats. Ce qui a conduit ce corps professionnel à être laminé alors qu’il supporte un maximum de responsabilités, (avec procès à l’appui), de missions, de corvées administratives… Il faut rappeler que la prestation du médecin généraliste est rémunérée au tiers (par un tarif imposé) de celle de n’importe quel artisan ou employé de l’État venu effectuer une tâche dénuée de toute responsabilité. Seule une politique volontariste pourra éviter une crise majeure de cette spécialité. En dehors de l’égalité tarifaire avec les spécialistes, bien d’autres mesures pourraient motiver les jeunes médecins et les inciter à choisir cette voie essentielle à la santé publique. Par exemple, les facilités de circulation pour les visites à domicile, l’aide dans le domaine administratif… qui pourrit littéralement la vie des généralistes et surtout une bien plus grande prudence dans les procès faits aux médecins. Tout dépôt de plainte abusif devrait être bien plus sévèrement réprimé car la crainte du procès est le principal repoussoir qui éloigne les jeunes médecins de la médecine générale.
Pourquoi les jeunes médecins sont-ils attaqués beaucoup plus que les autres catégories professionnelles, alors que des fonctionnaires, incompétents, sont eux, tout juste déplacés ? Tandis qu’un fonctionnaire est en grande partie couvert par l’État, un médecin est plutôt oublié, voire même "enfoncé" par son Conseil de l’Ordre. La solitude judiciaire est le lot du généraliste… Destin, de moins en moins attrayant pour les jeunes.
Faute de mesures d’urgence, la désertification risque fort d’atteindre toutes les zones, toutes les régions du pays.
STEENWERCK (59)
DR VÉRONIQUE LETERME-VERMERSCH
En mon âme et conscience
Je proteste contre l’obligation qui nous est imposée à nous, médecins généralistes, de proposer un dépistage systématique de la trisomie 21, en début de grossesse à toutes les femmes enceintes.
Je refuse de participer à une médecine eugénique.
Je ne veux pas risquer d’être un jour condamnée à un tribunal de Nuremberg.
En mon âme et conscience, j’ai décidé d’entrer en résistance : je ne proposerai pas ce test eugénique.
Je souhaite qu’il existe un vaste mouvement de protestation des médecins attachés aux valeurs de leur profession : respect de conscience, respect de la vie humaine, refus de sélection de la race.
La discussion est engagée, la résistance aussi.
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