Applications en santé, outils digitaux ou nouvelles technologies, ces dernières années, les praticiens ont été pris d'assaut par l'e-santé. Mais quels en sont les réels apports au quotidien ?
Certaines innovations s'inscrivent dans le parcours de soins, d'autres sont plutôt axées sur la coordination des professionnels. Objectif dans les deux cas : leur faire gagner du temps et optimiser la prise en charge du patient. « Les usages font que le numérique et l'e-santé s'impose de plus en plus dans les cabinets de ville », explique le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF invité à débattre du sujet au congrès Santé numérique de demain*.
Les patients n'y sont d'ailleurs pas pour rien. Ils ont œuvré à la démocratisation de certains outils comme la prise de rendez-vous en ligne, poussant les praticiens à se doter d'un agenda numérique. 66 % des praticiens franciliens utilisent une plateforme de ce type, a récemment révélé l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) Ile-de-France. Dans cette région, près d'un rendez-vous médical sur deux (44 %) est réservé par internet.
Idem pour la télémédecine. Quelques libéraux s'approprient des applications dans le cadre des expérimentations de télésurveillance mais c'est surtout la téléconsultation qui commence à se faire une place dans les cabinets. Six mois après le coup d'envoi national de cette nouvelle pratique, actée dans l'avenant 6 de la convention médicale, 8 000 actes ont été remboursés par l'assurance-maladie. 40,2 % des consultations à distance facturées sont le fait de généralistes, devant les autres spécialistes libéraux, les centres et les établissements de santé. Un premier bilan d'étape qualifié de « normal » par l'assurance-maladie (CNAM). Le dispositif doit maintenant monter en charge. « Nous souhaitons que les médecins l'intègrent progressivement dans leur pratique », assure Annelore Coury, directrice déléguée à la gestion et à l'organisation des soins à la CNAM.
Développer le DMP et déployer la messagerie sécurisée
La coordination des professionnels de santé et le partage d'informations constituent le second niveau d'utilisation d'e-santé avec le dossier médical partagé (DMP) et la messagerie sécurisée. « Il faut aller au bout du déploiement car ce sont des outils de base pour les professionnels de santé », ajoute Annelore Coury. Depuis son lancement fin 2018, 4,7 millions de Français ont ouvert un DMP. Le défi reste aujourd'hui que les professionnels de santé l'alimentent. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF, réclame à ce titre une mise à jour du dispositif car les logiciels métiers sont loin d'être tous compatibles.
Le déploiement de la messagerie sécurisée progresse également. Selon les chiffres présentés par l'ASIP santé, 33 % des professionnels de santé libéraux et 1 125 établissements de santé sont équipés de la MSSanté. La FMF affirme qu'Apycript rassemble plus de 75 000 utilisateurs sur le territoire. Si ces chiffres vont dans le bon sens, il y a encore du travail. Pour le Dr Jacques Lucas, délégué général au numérique à l'Ordre, la réticence au changement persiste. En cause selon lui : « la praticité et l'usage qu'ont les professionnels de santé des outils numériques [qui] ne sont pas toujours pris en compte ».
Enfin, du côté de l'hôpital, la robotique et l'intelligence artificielle (IA) s'implantent doucement dans les équipes. Le Pr Philippe Maingon, radiothérapeute à la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) utilise une IA capable de reconnaître la position exacte d'une tumeur dans le but de mieux la cibler lors du traitement et ainsi préserver les tissus sains bordant la zone concernée. Dans le même établissement, un robot de chirurgie urologique est capable de calculer la position exacte de la tumeur lors d'une intervention complexe.
*Organisé par le groupe GPS, dont « Le Quotidien » fait partie
Dr Joëlle Belaïsch-Allart : « S’il faut respecter le non-désir d’enfant, le renoncement à la parentalité doit interpeller »
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes