Auditionné pendant plus de 3 heures, mercredi, dans le cadre de la commission d’enquête du Palais du Luxembourg, sur la gestion de l’épidémie de Covid-19, le Pr Jérôme Salomon a été sérieusement chahuté par les sénateurs.
Inévitablement, le directeur général de la Santé a été interrogé sur les difficultés d'accès aux masques et notamment la gestion des stocks au début de l’épidémie ainsi que les messages contradictoires envoyés à la population sur leur utilité. Les sénateurs sont revenus sur le courrier de septembre 2018 de François Bourdillon, alors à la tête de Santé Publique France, pour alerter sur les stocks de masques, dont beaucoup étaient périmés. Malgré un stock déjà en dessous des recommandations, seulement 100 millions de masques avaient été commandés. « Ce n'est pas moi qui ai décidé quel devait être le niveau du stock », s’est défendu le Pr Salomon. Il a en revanche reconnu qu’il n’avait pas informé le cabinet d'Agnès Buzyn après le courrier alarmant de SPF, une absence de communication confirmé par François Bourdillon, lui aussi auditionné mercredi : « Il n’y a pas eu d’échanges avec la ministre de la Santé, ni avec le cabinet de la ministre ».
Pas de pénurie mais un échec
Interrogé sur le manque de masques pour les soignants au début de l’épidémie, le Pr Salomon a préféré parler de « fortes tensions » plutôt que de pénurie. « Je sais qu’il y a des professionnels qui ont manqué de masques et c’est absolument dramatique. Mais c’est important de dire qu’il y a aussi beaucoup de professionnels qui ont travaillé dans des bonnes conditions, parce qu’ils ont été livrés dans les hôpitaux », a-t-il ajouté. Une sortie qui n’a pas manqué d’agacer les sénateurs qui ont rappelé au DGS les remontées contradictoires des professionnels de santé sur le terrain à ce sujet. Le numéro 2 du ministère de la Santé a fini par admettre, « je l’ai ressenti comme un échec c’est évident ».
Le DGS a aussi été confronté par les parlementaires sur ses propos de mars, où il avait dit aux Français qu’il était « inutile » de porter un masque dans la rue. « C’était peut-être une expression très maladroite de ma part. Mais c’était pour faire comprendre qu’il ne fallait pas porter de masque quand il n’y a pas lieu de le porter, et que les soignants en avaient besoin », a-t-il souligné. Il a aussi répété le message martelé par les différents acteurs institutionnels pour justifier ce changement de discours sur l’utilité du port du masque : son ministère a « suivi l’évolution des connaissances » pour établir sa doctrine.
VIDEO "C'était peut-être une expression très maladroite de ma part"
Absence d'autocritique
Tout au long de l’audition, les sénateurs ont semblé agacé par un discours du DGS en décalage avec les témoignages rapportés par les acteurs de terrain sur cette crise. Réponse « adaptée » et « rapide », alerte sanitaire « très précoce », « tensions » plutôt que « pénurie » de masques, équipes « mobilisées », déclarations changeantes s'expliquant par « l'évolution des connaissances »... « Tout a bien été, en fait, si on fait une analyse fine de ce que vous nous avez dit », a ironisé le sénateur de l'Oise Olivier Paccaud (LR). « Le mot autocritique ne fait visiblement pas partie du vocabulaire ou des réflexions des gens que nous auditionnons aujourd’hui », a-t-il regretté. « Pourquoi n’est-il pas possible de dire a posteriori : “Oui, nous nous sommes trompés. Oui, on n’a pas dit la réalité” ? Aujourd’hui, vous avez une responsabilité particulière. Le pays est très inquiet et n’a plus confiance dans la parole publique », a ajouté la sénatrice PS Marie-Pierre de la Gontrie. « Je présente mes excuses si vous avez l'impression que je suis dans l'auto-satisfaction », a conclu Jérôme Salomon. « Il y a eu de très belles choses, des choses qui n’ont pas marché », a-t-il finalement reconnu.
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