À L’OCCASION des derniers « Mardis de l’Académie de Médecine », cinq experts (1) de la Haute Autorité de Santé (HAS) ont présenté, au nom d’un groupe de travail mixte Académie-HAS, une « mise au point sur la prescription des molécules onéreuses en cancérologie ».
Leur démarche part des constats suivants : en 2007, la France faisait partie des pays consacrant « le pourcentage le plus important de leurs dépenses de santé au cancer (6,6 %) » ; entre 2000 et 2007, « 38 nouvelles molécules anticancéreuses ont été mises sur le marché, dont 11 thérapies ciblées » ; le pourcentage des dépenses consacrées aux médicaments du cancer est faible (un peu plus de 1 % des dépenses pharmaceutiques de l’assurance-maladie), « mais les prix de ces médicaments connaissent une croissance très forte avec des niveaux jusque-là méconnus ». Pour illustrer leur propos, les cinq experts ont cette phrase choc : « 18 semaines de traitement avec une molécule ciblée (contre le cancer) coûtent en moyenne 80 000 dollars [57 500 euros] et améliorent la survie médiane de 1,2 mois. » Traduction (partielle) : « La prescription des molécules onéreuses implique un effort très important de la collectivité en faveur d’un malade. »
Anticipation.
Suite logique de cette réflexion : « Si le public, peu informé du coût important de ces médicaments, considère actuellement que cette prise en charge est satisfaisante, les autorités en charge de l’équilibre des finances de l’assurance-maladie ne peuvent s’en satisfaire, d’une part parce qu’elle n’évite pas des abus et, d’autre part, parce qu’elle n’implique aucune évaluation précise des éventuels bénéfices qu’elle est censée apporter. » Les cinq experts soulignent que dans le contexte d’une « situation financière de l’assurance-maladie extrêmement préoccupante, toute dépense consacrée à une action ne l’est pas pour une autre ». « Des choix s’imposent ou s’imposeront donc à plus ou moins brève échéance de façon impérative. » Mieux vaut les anticiper, affirment-ils en substance.
Plaidant pour une « utilisation rationnelle des molécules onéreuses dans le traitement des cancers », les experts jugeraient « légitime » que s’appliquent à tous les malades traités par une thérapeutique ciblée « les règles qui sont universellement appliquées aux malades qui bénéficient d’un essai thérapeutique "contrôlé" ». Faute de quoi « la prescription de molécules onéreuses occasionnerait un gaspillage qui nuirait à l’ensemble de la collectivité en réduisant les moyens disponibles pour d’autres usages ».
(1) Il s’agit de Jacques Rouëssé, Gilles Bouvenot, François Meyer, Lise Rochaix, Maurice Tubiana et Marie-Christine Woronoff Lemsi.
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