Des mots, des couleurs, des notes… ou des senteurs, chaque artiste a sa palette, de matières premières, qui lui permet de construire son œuvre et transmettre son idée. La parole est aux parfumeurs*.
La naissance d’un parfum ? D’abord une idée (comme pour un livre… Sans idée, le livre est mort-né) dont la source est une fleur, un souvenir, etc. Un parfum existe aussi parce qu’un autre a existé, l’histoire de la parfumerie est ainsi à l’image de l’histoire de l’art, où l’influence des maîtres est déterminante. « On part de cette structure, inspirée donc d’un mot, d’une rencontre, de la culture du parfumeur, et on la transforme, on l’enrichit, et l’on goûte à petites inspirations successives, décrit Francis Kurkdjian, pour laisser au cerveau le temps d’apprécier l’information, le résultat de ces différentes opérations. »
Un parfum se construit à partir de matières premières classées, en fonction de leur volatilité, de leur temps d’évaporation, en notes de tête, de cœur et de fond. La partie supérieure du jus, les notes de tête, est constituée des notes les plus volatiles, que l’on découvre au débouché du flacon, ce sont des notes claires, très aromatiques, citrus ou bergamote par exemple.
À la base de cette pyramide olfactive, on trouve les notes de fond, les plus lourdes, brunes, qui restent après plusieurs heures comme le patchouli, la myrrhe ou, plus douce, la vanilline. Entre les deux, les notes de cœur, florales, jasmin, rose, ylang, etc., ou épicées (muscade ou cannelle).
Ces matières premières peuvent être naturelles ou synthétiques, le parfum tel qu’il est conçu aujourd’hui mêlant harmonieusement des notes de synthèse et des notes naturelles, les unes servant de faire-valoir aux autres. « Un produit naturel est une composition de la nature, chimiquement définie, et la nature, la plus grande industrie chimique au monde », s’amuse Jean Guichard. Les premières molécules ont été isolées vers 1880 : la vanilline (de Shalimar) a été brevetée en 1874 et la coumarine en 1968, extraite de la fève tonka, qui évoque l’herbe fraîchement coupée. Les parfumeurs cheminent un peu à la façon des pharmaciens qui découvrent des pépites dans la nature, en extraient un composé chimique odorant qu’ils synthétisent ensuite pour plus de pureté (le linalol, extrait du bois de rose, ou l’eugénol de la feuille de girofle). Le plaisir en prime !
Merci mille fois à Jean Guichard, directeur de l’école de parfum de Givaudan, www.givaudan.com, nez de Fragonard notamment, et à Francis Kurkdjian, www.franciskurkdjian.com (ah ! ses bulles de savon parfumées).
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