Un statut d'assistant mais version ambulatoire dans les territoires fragiles : voilà la nouvelle idée du conseil de l'Ordre des médecins pour accélérer les carrières libérales.
« Les données démographiques montrent un temps moyen de latence de cinq ans entre la fin du DES (diplôme d'études spécialisées NDLR) et l’installation pour les jeunes médecins en libéral », explique le Dr François Arnault, délégué général aux relations internes de l'Ordre. Les jeunes découvrent les différents modes d’exercice « par la multiplication des remplacements auprès de médecins libéraux. Cela démontre que la formation initiale ne permet pas aujourd’hui de bâtir un projet professionnel en dehors de l’hôpital », poursuit-il.
C'est précisément pour accompagner les jeunes médecins dans leur projet professionnel que les ordinaux proposent ce statut libéral intermédiaire d'assistant de territoire de deux ans minimum, en « miroir » du statut d'assistant spécialiste ou généraliste dans les hôpitaux. Les jeunes diplômés commenceraient leur carrière libérale sous l’autorité d’un médecin senior (en cabinet, en maison de santé, etc.) et travailleraient dans un cadre plus sécurisant « en termes de droits sociaux ».
Sous ce statut, les jeunes médecins s’engageraient dans un secteur en tension de la région d’obtention du diplôme, selon le projet ordinal. « Cet engagement se ferait sur la seule base du volontariat », précise le Dr Arnault. Les jeunes bénéficieraient des avantages conventionnels (en cas de maternité par exemple) et auraient accès au secteur II après deux ans d'exercice. Pendant l'assistanat, la rémunération associerait paiement à l'acte et valorisation au titre de mission de service public.
Pour le Dr Patrick Bouet, président de l'Ordre national, ce statut s'inscrirait dans la continuité de la réforme du troisième cycle (opérationnelle depuis novembre 2017) et des réflexions en cours sur le second cycle, favorisant la professionnalisation précoce des praticiens.
Marché
L'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) affiche sa méfiance. L'assistanat de territoire « risque de faire doublon avec le statut de collaborateur, commente Maxence Pithon, président de l'ISNAR-IMG. Et il ne doit pas conditionner l'accès au secteur II ». L'ISNAR-IMG s'inquiète d'un éventuel « marché des assistants » où les jeunes devraient passer par la voie de l'assistanat en zone fragile pour prétendre aux honoraires libres.
Chez les chefs de clinique (ISNCCA), c'est carrément l'étonnement. « Aucun dialogue n'a été établi entre l'Ordre et les chefs de clinique, même avec la commission des jeunes médecins », assure le Dr Emanuel Loeb, président du syndicat, qui se positionne pour un secteur II accessible à tous.
L'Intersyndicale nationale des internes (ISNI) est moins hostile. « Instinctivement ça peut être une bonne idée mais il est trop tôt pour avoir une position tranchée, indique Jean-Baptiste Bonnet, chef de file des internes. Nous avons des questions sur les modalités et les spécialités concernées. Il faut que ces deux ans apportent réellement quelque chose aux médecins », ajoute-il.
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