Nouvelles thérapies cellulaires du diabète

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Publié le 28/03/2025
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Après le succès de la greffe d’îlots, la recherche tente désormais de trouver des sources inépuisables de cellules et de vaincre l’obstacle immunologique.

L’objectif d’arriver à se passer de greffons et d’immunosuppression

L’objectif d’arriver à se passer de greffons et d’immunosuppression
Crédit photo : SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA

La preuve du concept est faite : traiter un diabète de type 1 (DT1) par des greffes de cellules est valide et valable. La greffe d’îlots obtenus à partir de donneurs humains décédés est passée en routine depuis 2020, mais se heurte au manque de greffons disponibles, seulement 50 l’année dernière.

Depuis 2012, on peut produire des cellules souches pluripotentes à partir de cellules adultes du patient lui-même (ce qui a valu le prix Nobel à ses inventeurs). Cette technique, fondée sur un vecteur viral, qui pouvait faire craindre des risques de tumorogenèse, a évolué avec une différenciation chimique : les CiPSCs, pour chemically-induced pluripotent stem cells, ont fait l’objet d’une première publication en fin d’année 2024, sur une patiente chinoise atteinte de DT1 avec hypoglycémies itératives sévères (1). Les résultats sont encourageants, elle atteint l’insulino-indépendance au 75e jour, qui reste maintenue à un an, son HbA1c est de 4,8 %, son C-peptide basal de 0,7 nM et il n’a pas été détecté de tératogénicité, ni d’auto-immunité. « Ils devront être reproduits plus largement et par d’autres équipes, prévient le Pr Pierre-Yves Benhamou (CHU Grenoble), avec l’épée de Damoclès de l’oncogénicité, mais qui ne sera pas évacuée avant plusieurs années. » Reste aussi à démontrer que ces cellules seront effectivement mieux acceptées et moins rejetées.

Approche voisine mais qui n’a pas encore fait l’objet de publications dans de grandes revues, les cellules dites hypo-immunes, génétiquement modifiées pour être moins bien reconnues par le système immunitaire et donc non rejetées.

De son côté, la firme américaine Vertex a greffé 12 patients avec des cellules souches embryonnaires (issues d’avortements), transformées en cellules d’îlots, et a rapporté un taux de succès de 100 % au congrès américain de l’ADA 2024, avec un an de recul. Vertex avance donc, avec une étude de phase 3 pour des cellules souches embryonnaires sous couvert d’immunosuppression et avec une étude de phase 2, pour des cellules souches embryonnaires encapsulées, avec l’espoir d’éviter le recours à l’immunosuppression. Trois centres en France ont candidaté pour être centres investigateurs de ces essais : Lille, Strasbourg et Grenoble.

Entretien avec le Pr Pierre-Yves Benhamou (CHU Grenoble)
(1) Wang S et al. Cell. 2024;187:6152-64

Dr Nathalie Szapiro

Source : Le Quotidien du Médecin