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Accès aux soins : « La coercition diminuerait l'attractivité de la médecine libérale »

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Publié le 17/06/2019
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Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Faire des stages hors les murs de l'hôpital, accompagner les diplômés dans l'installation, favoriser la délégation et le transfert de tâches… La jeune génération n'est pas en manque d'idées pour améliorer l'accès aux soins.

Depuis quelques années, cette problématique est devenue l'un de leurs chevaux de bataille. Un gros défi à l'heure ou le spectre de la coercition revient sur le devant de la scène.  

Le député socialiste de Seine-Maritime Christophe Bouillon, également président de l'Association des petites villes de France (APVF), a mis le feu aux poudres début mars en proposant une expérimentation d'obligation d'exercice en zone sous-dotée en début de carrière pour lutter contre la désertification médicale. L'examen en cours de la loi de santé à l'Assemblée Nationale avec son cortège d'amendements coercitifs a ravivé la colère des jeunes.

« On est les premiers à voir qu'il y a un problème d'accès aux soins lors de nos stages, explique Clara Bonnavion (ANEMF). Les solutions de coercition produiraient l'effet inverse et diminueraient l'accès aux soins ainsi que l'attractivité de la médecine libérale. Le conventionnement sélectif risque de créer une médecine à deux vitesses ou certains médecins se déconventionneront. »

Le modèle du prof hospitalier

Pour éviter d'en arriver là, l'une des solutions serait que les carabins découvrent les territoires et les différents modes d'exercice très tôt dans leur formation. D'autant qu'une étude menée par l'Ordre des médecins et les représentants des jeunes montre que, contrairement aux idées reçues, 75 % des internes voudraient s'installer en libéral mais que seuls 35 % ont sauté le pas cinq ans après l'obtention du diplôme. « Aujourd'hui, le modèle, c'est celui du professeur hospitalier. Nous avons un seul stage en médecine générale en six ans d'études, on ne connaît que l'exercice en CHU », poursuit Clara Bonnavion.

L'accompagnement dans le projet professionnel sur-mesure apparaît donc comme l'une des priorités pour cette génération. « Le guichet unique permettrait d'aider les jeunes dans leurs démarches administratives. Ça fait des années qu'on en entend parler et pourtant ce n'est toujours pas mis en place. Il y a des référents dans les ARS mais les internes ne les connaissent pas », relaie pour sa part Lucie Garcin (ISNAR-IMG).

Le guichet unique, l'ISNI se prononce aussi en sa faveur mais peut être pas partout. Le syndicat a réalisé un tour de France (lire p.6) afin de lister toutes les initiatives locales proposées pour accompagner les internes. « En Guyane, par exemple, l'interne est reçu 3 heures comme un VIP. On lui indique où est la crèche et les professionnels de santé les plus proches. C'est aussi le cas dans l'Yonne », complète Antoine Reydellet (ISNI).

Gare à la rigidité des CPTS !

Pour renforcer l'offre de soins dans les territoires en souffrance, les juniors sont moins frileux que leurs aînés sur la délégation et le transfert de tâches. « 30 % du temps d'un médecin généraliste est dédié à l'administratif », rappelle à ce propos Lucie Garcin (ISNAR-IMG).

Néanmoins, l'arrivée des infirmiers en pratique avancée (IPA) et des assistants médicaux, alléchants sur le papier, manquent encore d'articulation. « On a du mal à savoir ce qu'on attend du médecin de demain et des autres professionnels de santé dans la prise en charge du patient , admet Yannick Schmitt (ReAGJIR). Pour nous, chaque territoire doit s'organiser comme il le souhaite. Par exemple, avoir de la dispensation sous protocole de pharmaciens si besoin. »

Les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) représentent une autre bouée de sauvetage pour la population et un tremplin pour le travail coordonné, plébiscité par les jeunes. Mais Benoît Blaes (SNJMG) souligne qu'une méthodologie trop lourde ne séduira pas la profession. « Les CPTS donnent des règles à tout le monde et peuvent parfois être trop rigides alors que les initiatives doivent partir du terrain, de ce que les professionnels veulent faire ensemble », commente-t-il.

Pour Emanuel Loeb (Jeunes médecins), le numérique offrira demain une aide précieuse aux patients en recherche de soin. « Il y a de fortes probabilités que la prise en charge clinique se numérise. Une intelligence artificielle nourrie avec les données de santé permettra une prise en charge sanitaire plus rapide », imagine-t-il. Une opportunité qui n'est pas sans soulever de nombreuses questions sur la redistribution des missions des professionnels de santé.


Source : Le Quotidien du médecin: 9758