Fin avril, Agnès Buzyn a présenté sa feuille de route pour accélérer le virage numérique une bonne fois pour toutes. Au menu, carte professionnelle de santé (CPS) dématérialisée, e-carte Vitale, outils de coordination et de messagerie sécurisée, e-prescription ou encore télémédecine.
Pour la plupart des jeunes praticiens biberonnés à la technologie, il était temps que ce sujet soit pris à bras-le-corps. Pour eux, le potentiel qu'offre le numérique en santé est indéniable : meilleure coordination des professionnels de santé, aide au diagnostic, secours aux patients isolés, gain de temps administratif, etc.
Zones blanches
Toutefois, si les idées sont là, leur mise en œuvre n'est pas si facile, car encore faut-il régler le problème persistant des inégalités territoriales. « Il existe un certain nombre de zones blanches qui ne peuvent pas utiliser d'outils numériques alors que ce sont ces zones-là qui en ont le plus besoin », constate Antoine Reydellet (ISNI). Même constat pour Lucie Garcin (ISNAR-IMG) : « Pour envoyer un email entre l'hôpital et le médecin généraliste, ça peut être compliqué. À ce stade, l'intelligence artificielle peut paraître très loin de la réalité du terrain. Il faut d'abord développer des outils numériques partagés et interopérables pour l'adressage d'un patient vers un spécialiste, ou l'hôpital. Cela permettrait de réduire la charge administrative. »
D'autres outils comme la télémédecine semblent sur le papier avoir toute leur place dans l'exercice. Mais chez les jeunes, les avis restent mitigés. « Avec la téléconsultation, on a moins de contact, mais pour autant, cela peut rendre un service ponctuel à des patients qui ont du mal à se déplacer », commente Yannick Schmitt (ReAGJIR).
Compétences humaines, la clé
Pour autant, le monde de la santé est d'ores et déjà percuté par des dispositifs d'IA dans l'aide au diagnostic. Et tout n'est pas à jeter. La jeune génération a pleinement consciente de l'impact réel des nouvelles technologies sur l'organisation du métier, illustre Benoît Blaes (SNJMG) : « L'IA et les algorithmes vont réduire le temps alloué au champ technique de la médecine mais il restera tout un champ de médiation en santé qui nous reviendra. Comment articuler les données des patients avec la complexité de sa vie, de son environnement ? C'est là qu'interviendront les compétences humaines du médecin. » Aucun n'imagine ou ne supporte l'idée qu'une machine puisse expliquer un diagnostic ou un ensemble de données à un patient. « Le rapport humain et le lien avec les sciences humaines et sociales, ce n’est pas la télémédecine, ni l'IA qui va le permettre, prêche Andry Rabiaza (CSMF). La plus-value du médecin, elle est là ! » « La machine n'est pas encore prête à savoir expliquer un diagnostic. Au vu des compétences humaines et sociales de la médecine générale, c'est à nous de préparer l'évolution pour que les patients ne soient pas perdus », enchérit Yannick Schmitt (ReAGJIR).
Comment ? La jeune génération estime – à juste titre – que des efforts doivent être portés sur la formation, quasi inexistante aujourd'hui. « On devrait en parler en sciences humaines et sociales, estime Clara Bonnavion (ANEMF). Des professeurs experts dans ces domaines doivent apporter un enseignement aux futurs médecins, c'est primordial ! Nous en avons déjà besoin dans notre exercice, et vu l'évolution du numérique et de l'IA, on en aura encore plus besoin demain. »
Au rythme ou vont les choses, l'IA pourrait même améliorer non pas uniquement la pratique et la collaboration médicales, mais bien jouer un rôle crucial dans la relation entre le médecin, son patient et les autres professionnels de santé. Utiliser les nouveaux outils numériques comme détonateur à un big bang du système de santé est en tout cas l'ambition d'Emanuel Loeb (Jeunes médecins) : « On peut se servir de cette révolution numérique pour orchestrer une réorganisation du système de santé. Réfléchissons à ce qu'est le médecin de demain et acceptons de laisser une partie de notre place aux autres professionnels de santé. »
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