« Le bon rapport coût-efficacité de la vaccination HPV des jeunes filles fait consensus, et ce avec trois doses de vaccin bi-, quadri- ou nonavalent », rapporte Marc Brisson (Canada). La quasi totalité des études réalisées dans les pays développés l’a démontré. Ce bénéfice est lié au poids important des lésions précancéreuses liées au papillomavirus, ainsi qu’à l’effet protecteur indirect de la vaccination chez les garçons, ce qui permet de couper la transmission du virus.
D’autres études se sont penchées sur les différents vaccins HPV, afin d’établir celui qui apparaît le plus coût-efficace, en sachant bien sûr que la situation dépend du coût du vaccin. « Dans ce contexte, la plupart des études ont montré que le vaccin quadrivalent est plus coût-efficace que le bivalent, qui ne protège pas vis-à-vis des condylomes », note Marc Brisson.
L’arrivée du vaccin nonavalent, qui a été approuvé par la Food and drug administration aux États-Unis, a conduit à réaliser deux études comparant son ratio coût-efficacité à celui du quadrivalent. « Nous avons pu montrer que, si le vaccin nonavalent reste à un prix raisonnable, avec un surcoût par rapport au quadrivalent n’excédant pas 15 dollars américains par dose, il sera coût-efficace », poursuit Marc Brisson, avant de préciser qu’une étude menée au Québec a été publiée dans l’International Journal of Cancer (1) et une autre, non publiée, a été présentée au comité de vaccination aux États-Unis. Dans ce pays, où le traitement des lésions précancéreuses est plus élevé qu’au Québec, le vaccin nonavalent est encore plus coût-efficace qu’au Québec.
Une troisième question concerne le ratio coût-efficacité d’un schéma vaccinal à deux doses comparativement à celui de trois doses. Deux études ont été publiées, la première dans Vaccine (2) et la deuxième dans le British Médical Journal (3). En se basant sur le modèle québécois, il a été montré qu’un schéma à deux doses serait coût-efficace si le vaccin protège au moins pendant 20 ans. « La durée de l’immunogénicité conférée par la vaccination selon un schéma à 2 ou 3 doses n’est pas encore connue, par manque de recul », rappelle Marc Brisson. Elle est toutefois d’au moins 9 ans pour le schéma à 3 doses.
Une autre interrogation porte sur l’intérêt médico-économique de la vaccination des garçons. Il y a plusieurs critères, qui dépendent des valeurs du système de santé. Globalement, les travaux montrent qu’il y a peu de bénéfice additionnel à vacciner les garçons dans les pays où la couverture vaccinale des jeunes filles est bonne, grâce à la protection indirecte liée à l’immunité de groupe. En revanche, dans les pays où la couverture vaccinale est faible, de moins de 50 %, la vaccination des garçons serait coût-efficace.
Enfin, la vaccination des femmes plus âgées, au-delà de 20 ans, n’est pas coût-efficace, car la plupart ont déjà été infectées par le virus avant la vaccination.
D’après un entretien avec Marc Brisson, Chaire de recherche du Canada en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses
(1) Drolet M et al. Int J Cancer. 2014 May 1;134(9):2264-8
(2) Brisson M et al. Vaccine. 2014 Oct 7;32(44):5845-53
(3) Jit M et al. BMJ. 2015 Jan 6;350
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